Revenir à l’essentiel :
pour une université ouverte, solidaire et enthousiaste

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Je connais bien notre Université

J’y ai étudié à la Faculté de droit, je l’ai quittée durant cinq ans pour me consacrer à temps plein au métier d’avocat. Comme une évidence, j’y suis revenue pour être d’abord assistante, doctorante et ensuite professeure et chercheure, doyenne puis vice-rectrice. Ce parcours jalonné de séjours de recherche et d’enseignement à l’étranger a renforcé mon attachement profond à notre Université.  Je connais nombre de ses forces et de ses faiblesses, je mesure son énorme potentiel comme ses freins, j’ai entendu les attentes des très nombreux membres des personnels que j’ai rencontrés. Tout ceci nourrit mon souhait de mettre mon expertise, mes qualités humaines et ma lucidité à votre service en rencontrant tant que possible vos aspirations à un environnement universitaire toujours plus enthousiasmant.

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L’Université a connu une transformation profonde

  • augmentation considérable du nombre des étudiants ;
  • accroissement beaucoup plus lent des personnels enseignants et administratifs ;
  • alourdissement des tâches d’enseignement, d’examen et d’administration ;
  • spécialisation accrue des compétences ;
  • transformation de la recherche et de son évaluation ;
  • contraintes financières ;
  • course aux financements extérieurs ;
  • pression de la concurrence internationale et locale ;
  • intégration dans un monde globalisé.

Cette profonde transformation s’est traduite par des changements radicaux amorcés au milieu des années 1990 et dont la fin n’est pas annoncée. L’Université en est ainsi venue à répondre à des règlementations très nombreuses, quand elle ne s’imposait pas elle-même de multiples réformes ou tentait de se conformer à des attentes multiples et parfois contradictoires.

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Les progrès accomplis ces vingt-cinq dernières années sont impressionnants

L’Université devait s’ouvrir : faute de se déployer, particulièrement à l’international, elle serait restée dans un localisme auto-satisfait. Cependant, l’Université qui se définissait en fonction de sa mission, est passée d’un modèle institutionnel à un modèle organisationnel : elle ne réfléchit plus assez selon le critère d’effectivité (quels sont les besoins des étudiants, des professeurs ou des facultés pour remplir leurs missions?) ; la qualité, définie par des normes standardisées et à travers une évaluation de rang international, est sa nouvelle source de légitimité. Les bouleversements administratifs, les transformations des tâches dans le travail, l’impact du numérique, les défis du changement climatique et du développement durable, le corset réglementaire de plus en plus étriqué dans lequel évolue notre métier ; tout cela amplifie encore ce changement profond.

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L’Université a une mission de service public 

Comme juriste, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre le changement profond de l’Université et celui de la Justice. Justice et Université sont deux piliers primordiaux d’une démocratie. Deux institutions dont les missions de service public participent de la pacification sociale : la première évite autant la loi du plus fort que celle du talion ; la seconde contribue à l’émancipation des individus. Toutes deux subissent de plein fouet l’austérité, les réformes incessantes et souffrent de la pénurie. Leurs missions sont reléguées au second plan. Comme la Justice, la légitimité et la crédibilité de l’Université ne dépendent plus seulement de sa mission et de son indépendance : ses missions originelles et fondatrices s’effacent devant un objectif devenu prioritaire, sa compétitivité et sa survie.

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L’Université est aussi étroitement liée au secteur de la Santé

lequel souffre des mêmes maux. Les hôpitaux universitaires de même que la recherche clinique et biomédicale subissent la même surcharge administrative et les mêmes pressions concurrentielles, au détriment une fois encore de la qualité de vie de nos collègues.

Sans Université indépendante et accessible à tous et toutes, les promesses démocratiques ne seront pas tenues. J’en mesure toute l’importance et j’y puise la force de mon engagement.

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L’Universitaire et le temps

Le temps que les universitaires peuvent consacrer à leurs recherches et à la préparation de leurs enseignements n’a cessé d’être réduit au fur à mesure de l’alourdissement de leurs autres tâches. Loin de se consacrer exclusivement à ces deux missions principales, la plupart des universitaires cumulent en effet au moins une dizaine de fonctions :

  • l’évaluation des connaissances des étudiants (laquelle occupe désormais pour beaucoup d’entre-nous un temps déraisonnable) ;
  • les trop multiples tâches administratives ;
  • l’évaluation – interne et externe – de l’enseignement et de la recherche ;
  • la recherche de financements extérieurs ;
  • l’évaluation des recherches d’autrui ;
  • la valorisation de la recherche et la consultation ou l’expertise, publique et privée ;
  • les services à la collectivité ;
  • la gestion envahissante des mails…

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Ces mutations ne sont pas survenues brutalement

Comme la grenouille plongée dans une eau qui s’échauffe imperceptiblement, nous n’avons pas pris la mesure de leurs effets sur notre métier et notre état d’esprit. Et puisque nous n’avons pas renoncé, parfois au plus profond de nous, aux idéaux de notre carrière, la culture du désenchantement s’est installée partout. À travers les très nombreuses rencontres que j’ai eues pour préparer mon projet – quel que soit les personnels rencontrés, académique, scientifique, FNRS, chercheurs contractuels, hospitaliers, administratif, technique et de gestion, étudiant –, ce qui m’a le plus frappée est l’omniprésence et la force de ce désenchantement, de ce malaise, de cette désillusion. Toutes ces rencontres riches, passionnantes, motivantes, m’ont permis de saisir l’état d’esprit et les attentes des membres de la communauté universitaire, et m’ont convaincue de la nécessité de redonner du bien-être et du sens à nos métiers.

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Arrêtons la course à la réforme

Fixons-nous un triple mot d’ordre :

  • capitaliser et s’enrichir des multiples réformes en prenant le temps de les assimiler ;
  • revenir aux fondements de l’institution universitaire ;
  • redonner du sens à nos métiers et à une Université pour laquelle nous restons fiers, très fiers, de travailler.

L’Université doit redevenir cet univers foisonnant, joyeux, brûlant, où l’inventivité est une priorité, où la recherche et la transmission de ses fruits au plus grand nombre concourent à l’épanouissement individuel, à la justice et l’ascension sociales, à l’émancipation de chacune et chacun. Retrouvons ces missions sans être dupes ni indifférents aux contraintes mais en leur redonnant du sens :

  • en restructurant foncièrement notre culture de travail, de manière à consacrer moins de temps aux tâches administratives ;
  • en donnant aux enseignants davantage de temps – dont des périodes ininterrompues – pour préparer leurs enseignements, pour réfléchir, pour chercher.

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Notre Université existe depuis 186 ans

elle doit mettre à profit cette expérience dans la durée pour reprendre l’initiative, préserver une pensée libre et critique dans une société submergée par la dispersion, les fake-news et la relativisation des savoirs. Elle peut répondre aux trois dimensions de sa mission – globale, nationale et locale – sans candeur ni arrogance, riche de sa lucidité et de sa créativité, avec ambition et détermination.

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Libre examen, esprit critique, respect et générosité, solidarité

Par son histoire tissée d’engagements, de résistances et de frondes, notre Université a développé et défendu une identité singulière. Nous sommes toutes et tous attachés aux valeurs qu’elle porte. Parce que je suis convaincue que dans le paysage international, belge et bruxellois, l’ULB peut et doit jouer un rôle déterminant, je défendrai, avec l’ensemble de notre communauté, cette identité, ces engagements et ces valeurs. C’est par les valeurs communes et l’engagement que se tissent les liens entre les membres d’une communauté. Car je conçois l’Université comme une communauté, au sens fort du terme. Plus que jamais nous devons partager un horizon intellectuel et une communauté humaine; user de l’esprit critique, de l’engagement et de la culture pour partager les savoirs, pour défendre le respect, la solidarité et la fraternité ; retrouver du lien avec nos étudiants, retisser un fil entre notre passé et leur avenir, tout entreprendre pour les rendre plus libres et plus (im)pertinents, les aider à devenir des citoyens épanouis et responsables.  J’y crois avec force et détermination.

Vous trouverez dans les sept thématiques de mon programme, les mesures concrètes que je propose pour orienter la trajectoire future de notre Université, et dont j’ai vérifié la finançabilité. Sachant le chemin parcouru ces dernières années, nous pouvons progresser encore vers l’Université qui nous séduit et nous motive. Votre motivation contribuera largement au succès d’un projet ambitieux. Mes propositions s’appuient dès lors sur les avis que beaucoup d’entre vous m’ont adressés et mon action se construira à votre écoute. Pour une université à la mesure de vos attentes et de nos engagements.

 

Dans tous les documents, les termes utilisés sont entendus dans leur sens épicène, de sorte qu’ils visent  les hommes et les femmes.

Bonne lecture!