Vous trouverez dans les sept thématiques de mon programme, les mesures concrètes que je propose pour orienter la trajectoire future de notre Université, et dont j’ai vérifié la finançabilité.

Sachant le chemin parcouru ces dernières années, nous pouvons progresser encore vers l’Université qui nous séduit et nous motive.

L’ULB et vous

L’ULB c’est nous ! Pourtant, les préoccupations de très nombreux membres du personnel indiquent une ambiance générale critique. La distance entre une meilleure prise en compte de vos préoccupations et ce qu’il est possible de réaliser n’est pourtant pas grande.

Les mesures concrètes proposées ici permettent d’améliorer le bien-être de tous et de toutes. Pour une vue d’ensemble de ce qui est possible, elles doivent être combinées avec d’autres mesures développées dans d’autres chapitres. Ces mesures sont fondées sur une analyse fouillée de leur finançabilité. Vous trouverez mes propositions financières dans le chapitre « l’ULB et ses moyens » en gardant aussi à l’esprit que l’affectation des moyens actuels est un choix politique à soupeser en fonction des nécessités et des priorités.  Enfin, j’estime que le manque de moyens ne justifie pas tout …

Dans ce chapitre, vous trouverez des propositions pour :

Améliorer les carrières des membres du corps académique à temps plein et à temps partiel (au cadre de l’ULB, FNRS, hospitaliers, dans un cadre dit d’extinction)

Adapter les conditions de travail des membres du corps scientifique

Réduire les charges administratives

Soutenir la vie étudiante

Valoriser la culture

Améliorer le bien-être et la santé

Promouvoir une université participative et délibérative et un rectorat plus proche

Renforcer nos liens avec les Alumni


Améliorer les carrières des membres du corps académique à temps plein et à temps partiel

Les mesures proposées ici concernent principalement les carrières et les tâches administratives. Elles doivent être lues avec celles que je propose dans les chapitres relatifs à l’enseignement et à la recherche de même que les mesures relatives à la répartition des cadres académiques, scientifique, et PATGS dans le chapitre relatif aux « moyens de l’ULB ». L’objectif principal doit consister en l’amélioration des conditions de travail de tous les membres de la communauté universitaire.

Les académiques à temps plein

La carrière des académiques connait actuellement trois à quatre étapes

  • L’engagement au rang de premier assistant pour les personnes qui n’ont pas huit ans d’ancienneté dans la thèse (barème 530)
  • La régularisation ou l’engagement au rang de chargé de cours pour les personnes qui ont huit ans d’ancienneté dans la thèse
  • La promotion sur concours au rang de professeur pour les personnes qui ont douze ans d’ancienneté dans la thèse (14,5 promotions en moyenne par an ces dernières années)
  • La promotion sur concours au rang de professeur ordinaire (6 promotions en moyenne par an ces dernières années)
  1. Supprimer le rang de premier assistant, de sorte que le premier grade soit celui de chargé de cours

L’engagement au rang de premier assistant est avantageux parce qu’il permet de bénéficier d’une défiscalisation de 80 % du précompte professionnel. Mais il n’est pas valorisant pour les personnes engagées et n’est pas attractif, ni en Belgique dès lors qu’il n’est plus en vigueur dans le corps académique des autres universités, ni à l’international où des universités équivalentes à l’ULB recrutent à des rangs plus valorisants.

Il conviendrait de régulariser au rang de chargé de cours, dès 2020-2021, les trente-trois premiers assistants du corps académique actuel, auxquels il faut ajouter cinq à dix nouveaux engagés à ce rang en 2020. Le coût annuel d’une telle mesure s’élèvera à moins de 100 000 euros les trois premières années. La croissance plus rapide des revenus au niveau de chargé de cours entrainera une augmentation du coût de cette mesure d’environ 140 000 euros les trois années suivantes mais restera inférieure à 200 000 euros à un horizon de 9 ans. Ce coût n’est pas excessif et tient compte de promotions ultérieures.

  1. Augmenter le nombre de promotions au rang de professeurs

Ces promotions ne sont possibles qu’aux conditions de recevabilité rappelées ci-dessus et sur concours, les candidats devant justifier leur excellence dans les deux missions principales du corps académique : recherche et enseignement. Ces dix dernières années, l’ULB a promu en moyenne, chaque année, 14,5 professeurs.

Cette situation engendre frustration et démotivation et n’est pas équitable. En effet, les candidats qui ne sont pas promus ne le sont pas nécessairement parce qu’ils n’ont pas un dossier de qualité, mais parce que les promotions sont octroyées sur la base du nombre de départs à la retraite (éventuellement corrigé).  Par ailleurs, bien que l’ULB a veillé à instaurer des règles identiques pour l’évaluation des dossiers pour toutes les facultés et a précisé les critères d’évaluation des dossiers, il faut admettre que les commissions scientifiques ne fonctionnent pas avec les mêmes exigences : les évaluations restent très différentes.  En outre, reconnaissons qu’à ce stade de la carrière, peu de membres du corps académique ne méritent pas une promotion.

Même si (et peut-être parce que) l’exigence de qualité d’un dossier est un comportement général du monde académique, admettons qu’elle présente en cette circonstance un caractère illusoire et vain. Si tous les professeurs étaient excellents en tout, que signifierait encore l’excellence ?

Il s’impose dès lors de promouvoir tous les chargés de cours ayant atteint le grade 700 + 15, sur les critères suivants :

  • avis positif des commissions scientifiques
  • évaluation « très bon » dans l’une des trois missions principales (enseignement, recherche ou service à la collectivité) et au moins « bon » dans les deux autres

Sachant que la moyenne des échelons actuels au début du grade est de 700 + 6, les candidats justifieront au 700 + 15 d’une ancienneté dans la charge de 9 ans (où qu’ils aient entamé leur carrière) et d’au moins 12 ans d’ancienneté dans la thèse.

Sur la base de la composition actuelle du corps académique, et compte tenu du fait que l’Université octroie déjà en moyenne annuelle 14,5 promotions au rang de professeur, le coût moyen d’une telle mesure restera inférieur à 500 000 € annuellement à un horizon de 9 ans et sera évidemment plus limitée à court terme (pas plus de 120 000 € en moyenne les 3 premières années).

Ce coût sera financé par les mesures évoquée dans le chapitre « l’ULB et ses moyens ».

  1. Les promotions au rang de professeur ordinaire

Le nombre de professeurs ordinaires approche les 20 % du total des membres du corps académique (19,7 %).

Il est encore possible d’augmenter le nombre de promotion à ce rang mais en veillant à augmenter prioritairement les promotions au rang de professeur. Elles continueront à être obtenues sur concours. En revanche, comme pour les promotions au rang de professeur, l’« excellence » ne doit plus être exigée pour les trois missions principales d’un académique mais au moins une évaluation “très bon” pour l’une de celles-ci et “bon” pour les deux autres.

Soutenir et valoriser les académiques à temps partiel

L’Université a depuis le début de son histoire la chance de compter en son sein des enseignants à temps partiel. Et pourtant, elle ne les valorise pas assez. Que serait l’Université sans l’apport riche et fertile de ces enseignants qui lui offrent leur expérience et leur expertise de terrain ?

Comme membre de la faculté de Droit, je mesure leur apport qui enrichit l’Université. Temps pleins et temps partiels sont complémentaires. Les académiques à temps partiel sont souvent perplexes face à un manque de reconnaissance de l’Université. Dans plusieurs facultés, particulièrement à la Solvay Brussels School of Economics & Managment ou à l’École de Santé publique, de nombreux professeurs à temps partiel donnent cours gracieusement, ou dispensent 120h de cours en étant rémunérés pour un quart de leur charge parce qu’ils ont à cœur de donner de leur temps et de leur expertise aux étudiants et à l’Université. La plupart prennent à leur charge les frais de photocopies, de secrétariat, etc.

La plupart ne demandent rien d’autre que de la juste reconnaissance, un support administratif et la valorisation de leur rôle au sein de notre Université.

L’ULB se doit de la reconnaitre et valoriser leur apport, harmoniser leur statut, et leur offrir un soutien administratif.

Les hospitaliers

La carrière des membres du corps académique hospitalier doit être revalorisée. Alors qu’ils apportent énormément à l’enseignement et à la recherche et participent au rayonnement de l’Université, leur activité d’enseignement et de recherche n’est pas suffisamment valorisée. A l’instar de ce qui est dit ci-dessus pour les académiques à temps partiel, un support administratif et la valorisation de leur travail est un devoir de l’Institution à leur égard. Pour les membres du corps académique dit “40/60” une clarification de leur statut est indispensable; il ne peut être question qu’ils aient un statut moins avantageux tant à l’Hôpital qu’à l’Université alors même que l’Arrêté royal du 7 juin 2004 fixant les conditions de désignation en qualité d’hôpital universitaire ne reconnait le caractère universitaire d’un hôpital qu’à la condition que 70% des chefs de services médicaux et médico-techniques aient une désignation académique.

Par ailleurs, de nombreux hospitaliers dispensent des cours sans le moindre titre à l’ULB. Leur attachement à l’ULB, le travail d’enseignant et leur recherche clinique méritent, sur dossier, qu’ils se voient reconnaitre le titre de « maître d’enseignement » autorisé à porter le titre de professeur.

Cette reconnaissance, non coûtante ni pour l’ULB, ni pour les hôpitaux, qui ne modifie rien au salaire de ces enseignants (qu’ils aient ou non un mandat rémunéré à l’ULB, du reste) sera la moindre des reconnaissances eu égard à leur engagement pour l’Université, sa recherche et son enseignement.

Les mandataires définitifs du FNRS

L’ULB doit poursuivre sa politique de rapatriement des chercheurs qualifiés sur son cadre. Il en va de la possibilité de continuer à recruter des mandataires définitifs au FNRS, compte tenu de l’enveloppe fermée de ce cadre au FNRS.

Dans le même temps et selon la même logique d’une équivalence des carrières, l’ULB doit aussi œuvrer à améliorer les conditions salariales des chercheurs qualifiés qui sont nettement inférieures à celles des académiques au cadre de l’Université, même si l’on tient compte de la différence des charges des uns et des autres, sans parler de la pension des chercheurs qualifiés, maîtres de recherche et directeurs de recherche, moins avantageuse que celle des membres du corps académique au cadre.

Les membres du corps académique au cadre d’extinction

L’ULB a intégré plusieurs Hautes Écoles (Horta, la Cambre, ISTI, Corremans). L’intégration, malgré les appréhensions de toutes les parties, a une cohérence certaine et constitue une plus-value pour tous. La faculté d’Architecture fête ses dix ans à l’ULB : c’est une réussite et une joie. Dans quelques années, les traducteurs et interprètes fêteront la décennie de leur intégration aussi ! La fierté d’appartenir à l’Université libre de Bruxelles est bel et bien réelle dans le chef de nos collègues, même s’ils relèvent d’un cadre différent, en voie d’extinction. Si l’appartenance à ce cadre « spécifique », qui garantit une continuité des carrières, n’entraîne pas de critique particulière, la demande est légitime de voir l’ULB soutenir davantage ces membres dans l’activité de recherche qui leur est demandée et qu’ils ont développée, sans beaucoup de moyens.

C’est une question de cohérence et de choix politiques de réaliser la plus-value de ces intégrations et de soutenir la recherche dans ces disciplines. C’est aussi une question d’intégrité de reconnaître les droits minimaux de nos personnels, quels que soient leur cadre : accès à la crèche, réduction des droits d’inscription pour les enfants des membres du personnel de l’ULB, etc.

Un tel soutien à la recherche en nommant deux assistants temps plein en Architecture et en LTC à l’École de Traduction et d’Interprétation ISTI – Corremans, s’élèverait à 135 000 euros par an. En quatre ans, ce support aura aidé à renforcer la recherche.


Adapter les conditions de travail du corps scientifique

L’enseignement et la recherche à l’ULB ont autant besoin des membres du corps scientifique que du corps académique.

Les charges d’enseignement des assistants sont parfois trop lourdes pour leur permettre de les mener de front avec leur recherche. Elles diffèrent, en outre, d’une faculté à l’autre alors qu’elles font l’objet d’une règle unique qui ne tient pas compte des spécificités des disciplines concernées. Il faut enfin prendre les mesures qui permettront aux assistants de compenser le retard dû à leur charge d’enseignement dans leur dossier scientifique et international par rapport aux chercheurs-boursiers.

Il convient donc de revoir la clé de répartition des cadres entre les facultés afin de mieux tenir compte de ces spécificités et d’adapter les charges de chacun (cfr. le chapitre « l’ULB et ses moyens »).

Il reste que le statut d’assistant, de chercheur sur contrat ou de boursier est trop précaire.  Ainsi, leur métier de chercheur n’est pas pris en compte dans le calcul de leur pension (sauf pour les chercheurs sur contrat mais qui eux, ont d’autres désavantages)  et le nombre d’années de travail pris en compte pour leur pension est réduit. Je m’engage à œuvrer à une amélioration de leur statut tant en interne qu’auprès des autorités publiques compétentes.


Réduire les tâches administratives

Tous les enseignants sont submergés de tâches administratives dictées parfois par des règles floues ou supposées inévitables qui les empêchent de se consacrer à leurs missions principales. Le plan stratégique 2030 a mis en évidence cette dérive de notre métier.

Il ne s’agit pas de mettre en cause le travail des membres du personnel administratif, technique et de gestion, ni d’opérer un transfert de ces tâches.

Par contre, il est urgent de fluidifier les liens entre l’administration et les enseignants en décloisonnant les services. Combien de fois les académiques rencontrent-ils des services de l’administration pour élaborer avec eux des processus administratifs qui les concernent ?  Le clivage actuel entre l’administration et les enseignants est démobilisateur pour tous et toutes. Il tend à opposer les enseignants à une administration dont la compétence et l’efficacité est parfois remise en question ou à une administration vue comme étant en extension sans réelle contrepartie en termes de responsabilisation et d’efficience alors que les nouvelles responsabilités de celle-ci entraînent par ailleurs une augmentation conséquente – et présentée comme inévitable –  des charges. Tout cela mine le travail de chacun, démotive, provoque une tendance au repli sur son service, son équipe, sa fonction, une perte d’implication et de participation, et la fin d’une culture de coopération. Comme si chacun devait se défendre par rapport à un « système » alors que nous travaillons tous dans un même objectif.

À nouveau, c’est la perte de sens, d’objectifs communs et l’organisation en services cloisonnés qui entravent la fluidité et la coopération entre tous les corps, empêchent la mise en commun des ressources et finalement ce que l’on pourrait appeler l’ « orientation-services ».

En dialogue étroit avec la Directrice générale, ces questions fondamentales relèvent assurément des préoccupations d’une rectrice qui se préoccupe concrètement de l’Université.


Soutenir la vie étudiante

L’augmentation du nombre d’étudiants – l’ULB en compte 32 000 durant cette année académique 2019-2020 – a hélas eu pour conséquence de diminuer la qualité de la vie étudiante sur tous nos campus, et particulièrement sur le campus du Solbosch.

Les lieux de convivialité et les restaurants sont en effet surchargés. Il suffit de se rendre au bâtiment F1, avenue Paul Héger, sur le campus du Solbosch, pour réaliser l’ampleur du problème. Il est donc urgent de réaménager l’occupation de ce bâtiment et de son environnement pour agrandir les espaces de restauration et de convivialité. A la Plaine, les occupants du campus sont très insatisfaits du restaurant du Forum : sa rénovation est prévue à court terme. Elle permettra de mieux répondre aux attentes légitimes. Un restaurant-cafétéria a été rouvert sur le campus Érasme. A Flagey, c’est à une asbl qui est active dans la réinsertion sociale et professionnelle que le restaurant a été « confié » avec un très beau succès à la clé. Pour l’ensemble de ses restaurants, l’Université doit améliorer l’offre alimentaire durable et de proximité, végé et bio, et ce à des tarifs abordables pour tous, et prévoir l’accès à certains espaces de restauration à des ASBL sociales spécialisées dans l’alimentation. Une analyse sur l’utilisation des espaces existants sur nos campus et la façon de les faire évoluer vers des espaces de convivialité « multi usages » doit être initiée.

Le logement étudiant est un dossier tout aussi essentiel. Il y a actuellement six résidences universitaires réparties sur les différents campus. Ces résidences proposent environ 960 places ;  à cette offre, s’ajoute celles de nos partenaires implantés sur nos campus (2200 chambres) ou en proximité de nos campus (1870 chambres). Les prix de location varient entre 132€ et plus de 600€, en fonction du type de chambre. Ces places ne sont à l’évidence pas suffisantes pour rencontrer une demande légitime.

L’Université n’a néanmoins pas les moyens d’investir dans davantage de structures, ni n’a vocation à devenir une agence de construction et de location de logements. Par contre, elle doit revoir ses accords avec les résidences partenaires privées qui proposent souvent des logements à des prix trop élevés – et qui sont en conséquence souvent loués par des stagiaires des institutions européennes –, et diversifier et accroître l’offre de logements à prix abordables.  L’amélioration du monitoring de l’offre de logement est prévue et doit ainsi être pleinement soutenue.

L’Université doit aussi renforcer ses collaborations avec les communes bruxelloises et particulièrement avec la commune d’Ixelles, désireuse de contribuer à l’amélioration de l’offre de logements. À cet effet, une règlementation de « contrôle » des loyers des logements étudiants doit être envisagée dans cette concertation avec les autorités communales. L’ULB travaille déjà avec l’AISE (Agence immobilière sociale étudiante) et la PLE (Plate-forme Logements étudiants) et a conclu des partenariats avec les logements intergénérationnels (1toit2âges) : cette collaboration doit être absolument intensifiée. Par ailleurs, certains étudiants souhaitent voir développer des « Kots à projet ». Cette demande doit être étudiée au plus vite et soutenue.

L’Université octroie aussi des allocations « logement » pour les étudiants en situation difficile. Cette aide peut être améliorée et développée dans le cadre de l’aide sociale aux étudiants, déjà importante et ambitieuse à l’ULB.

Ainsi, de plus en plus d’étudiants sont contraints de travailler pendant leurs études, notamment en raison de l’allongement de leur parcours dû au décret. Certains n’ont plus la possibilité de suivre les cours et séminaires ou sont épuisés par l’accumulation des tâches professionnelles et de suivi de leurs études. Ici aussi, une prise en compte spécifique est absolument nécessaire, afin d’assurer le bien-être de ces étudiants. Elle passe bien entendu par la décision politique, afin de modifier le décret pour mieux prendre en compte ces situations ; en ce qui nous concerne, elle passe par une meilleure communication sur l’aide sociale que nous pouvons apporter afin de soulager les situations les plus sensibles.

A l’aide de l’Observatoire de la vie étudiante récemment créé, une information aussi complète, aussi détaillée et aussi objective que possible sur la vie des étudiants et sur leur rapport avec le déroulement des études, éclairera la réflexion politique et sociale de l’Université et aidera à la prise de décisions, en particulier afin de lutter contre la précarisation croissante d’une partie de notre population étudiante.

Certains étudiants ont exprimé le souhait de pouvoir valoriser leur engagement dans les services à la société, comme l’engagement volontaire dans des ASBL. Certaines universités valorisent ce type d’engagement de manière formelle. À L’ULB, une telle valorisation existe dans certains cours spécifiques. En partenariat avec son asbl ULB engagée, un travail sur la place du « service learning » dans les cursus doit être mené. L’ULB peut également proposer une série de projets dans lesquels les étudiants pourraient s’engager sur base volontaire, tout en laissant aux étudiants la possibilité de proposer leur propre projet d’engagement s’ils correspondent aux valeurs de l’ULB. Cet engagement pourrait aussi être valorisé dans le cadre d’un certificat de formation continue en engagement sociétal.


Valoriser la culture

L’ULB est aussi un lieu de culture qu’il faut continuer à soutenir et développer. Ce développement doit s’inscrire dans les valeurs humanistes de notre Université et doit également mettre en avant nos expertises scientifiques.

Cinq axes seront privilégiés : renforcer le développement et le soutien aux initiatives étudiantes en matière culturelle, renforcer la participation de la communauté universitaire aux activités culturelles, mieux mettre en valeur l’articulation entre les arts et les sciences, améliorer les infrastructures culturelles existantes et rendre plus visibles nos activités vis-à-vis du public extérieur. L’ULB, lieu de culture est également développé dans le chapitre « l’ULB et la cité».


Améliorer le bien-être et la santé

Nous devons également être plus que jamais attentif au bien-être et à la santé de notre communauté universitaire ! L’ULB soutient de façon importante son service médical. Elle soutient également le développement de politique de promotion de la santé et de bien-être porté par ULB Santé avec la collaboration de partenaires tels que Aimer à l’ULB, Psycampus, et d’autres. Cette politique sera maintenue et renforcée. Une attention toute particulière sera également portée au développement du dispositif bien-être et lutte contre le harcèlement initié depuis quelques mois.


Promouvoir une université participative et délibérative et un rectorat plus proche

On connait le fonctionnement participatif et délibératif qui fait la singularité de l’ULB. Et pourtant, malgré cet attachement fondateur à la délibération et la participation, depuis 1968, il est de plus en plus difficile de constituer les listes électorales pour la représentation des différents corps dans les différentes instances de l’Université, des Facultés et de l’Hôpital, tout comme il faut constater que plus personne ne se presse pour être directeur de département ou de centre de recherche, membre d’un conseil médical, vice-doyen ou doyen. Les conseils facultaires sont désertés. Ce phénomène est particulièrement inquiétant chez les étudiants qui s’absentent des CA, CoA et autres organes décisionnels (sous réserve, et c’est heureux, de la CASE). Une explication qui revient généralement est que la présence à des réunions où tout est joué d’avance, où l’on n’y peut rien changer sinon à la marge, est démotivante ; des ordres du jour trop longs et/ou flanqués de sujets multiples pour lesquels les membres de l’instance ne sont pas intéressés, sont aussi invoqués. Il n’y a pas de solution toute faite mais il faut repenser nos modes participatifs et délibératifs.

Diverses pistes existent. Celle qui me parait essentielle et au demeurant mise en avant dans le plan stratégique de l’Université, est de valoriser l’investissement dans l’Institution, dans sa gestion et dans la gouvernance de l’Université, pour tous les corps. Non seulement symboliquement, en brisant la rumeur selon laquelle de telles tâches sont indignes d’un bon chercheur ou d’un membre de l’administration qui pense à travailler, d’un bon étudiant ou d’un bon enseignant, mais aussi en tenant compte de cet investissement dans la charge de chacun.

Pour éviter la participation à des réunions dont peu de points traités intéressent les uns ou les autres, il faut pouvoir organiser des réunions thématiques dans les Facultés quand cela est possible et aménager les conditions horaires et structurelles propres à favoriser la participation. Une piste serait de permettre aux représentants des étudiants des aménagements horaires et des dispenses de participer à certains cours lorsque leur mandat l’exige, et d’aménager les réunions en période d’examen pour tenir compte de la surcharge tant des étudiants que des enseignants.

Enfin, réinventer la participation, comme il en est question dans des instances autres qu’universitaires, suppose aussi d’ouvrir la réflexion sur des pistes originales, comme le tirage au sort des représentants. L’université de Lausanne a adopté ce système pour la représentation étudiante. Les étudiants tirés au sort peuvent refuser ou accepter leur mandat. Ces étudiants siègent aux côtés des représentants étudiants élus de manière plus classique. D’après une étude de ce système à Lausanne, le tirage au sort multiplie les profils et garantit un plus grand accès de « profanes » à la représentation étudiante et, par-là, une plus grande représentativité de la diversité des étudiants. Elle limite ainsi la concentration du pouvoir aux mains de profils types. On y observe cependant un certain effacement des délégués tirés au sort dans les délibérations. Néanmoins, la compréhension des codes naît avec la pratique et avec le tirage au sort, c’est aussi une certaine idée de la citoyenneté qui transparaît. C’est là un apprentissage très concret de la gouvernance et de la citoyenneté.

Ce type de pistes devra être analysé en concertation avec tous les corps de l’Université.

La communauté universitaire a par ailleurs peu de contact avec le rectorat et le voit parfois comme une autorité coupée du terrain.

Pour être à l’écoute et favoriser le relais du terrain vers les autorités, je m’engage à travailler quelques jours par mois en dehors du rectorat, sur les différents campus, avec les doyens, les laboratoires et centres de recherche, les départements et l’Hôpital.

Je propose aussi d’organiser quelques des séances du CoA et de ses commissions ainsi que des réunions de l’équipe rectorale sur les différents campus. Pour améliorer la concertation avec les Facultés, je m’engage à laisser les doyens présider à tour de rôle les coordinations facultaires avec un ordre du jour co-écrit entre eux et le rectorat et de favoriser les invitations des membres de l’équipe rectorale et de la rectrice aux séances des conseils facultaires qui l’estiment opportun.


Renforcer nos liens avec Les Alumni

L’ULB travaille à une relation plus structurelle avec ses Alumni. Les anciens de l’ULB sont très majoritairement fiers d’y avoir étudié et sont demandeurs de maintenir des relations avec leur Alma Mater. Car l’histoire de l’ULB est particulière et laisse une trace forte dans la mémoire de celles et ceux qui l’ont fréquentée, tout comme souvent elle détermine leurs engagements sociaux présents. Celles et ceux qui ont choisi l’ULB pour se former et se construire un avenir professionnel se sentent redevables à l’égard de l’Institution qui, à un moment crucial de leur vie, a constitué leur foyer et le lieu de leur déploiement. Nous avons besoin d’eux, de leur fidélité, de leur savoir-faire, de leur expérience, de leur tissu d’insertion.

Depuis 2014-2015, l’Observatoire de la Qualité de l’ULB envoie un questionnaire aux anciens étudiants, 15 à 18 mois après l’obtention de leur diplôme de Master, et récolte ainsi des informations sur le devenir des diplômés de l’ULB et leur avis général sur le ou les masters suivis au sein de notre institution. Une telle étude permet de mieux connaître latrajectoire des diplômés de notre Université, d’obtenir leur avis sur leur expérience pendant leurs études, mais aussi et surtout témoigne de la volonté de garder un contact étroit avec les anciens, dont la contribution au développement de l’Institution est essentielle.

Garder et renforcer le lien avec nos Alumni est une richesse énorme. Il ressort des discussions institutionnelles mais aussi de celles que j’ai pu avoir avec un nombre significatif d’anciens, qu’il est nécessaire d’améliorer la communication avec eux et de dépasser le fonctionnement en réseau des différents cercles d’Alumni qui ne communiquent pas toujours entre eux.

La communication pourra, s’améliorer par la publication et la diffusion d’un agenda des conférences et activités culturelles qui, s’il existe déjà, est incomplet et mériterait d’être développé. Actuellement, il faut encore aller voir sur le site de chaque Faculté pour avoir une idée de l’ampleur des conférences et activités qui ont lieu à l’ULB. Un autre moyen efficace de préserver le lien avec les « anciens » est de leur permettre de conserver leur adresse mail ULB sur laquelle arriveraient automatiquement toutes les informations relatives à la vie universitaire.

Un lien étroit avec les alumni permet aussi de favoriser l’échange des connaissances avec le monde « extra-universitaire ». Il permettrait de renforcer la collaboration entre l’Université et les institutions publiques (institutions européennes ou internationales, administrations publiques, pouvoirs locaux, ONG …), d’ouvrir l’Université vers l’étranger (en créant notamment un réseau des alumni de l’étranger) et sur le monde professionnel et d’offrir un réseau aux étudiants. Ceci est essentiel, là où nous avons souvent un retard marqué à l’égard d’autres institutions universitaires.

Enfin, les alumni sont demandeurs de réunions d’échanges sur l’avenir de l’Université — leur regard critique et extérieur sur notre communauté universitaire, à laquelle ils appartiennent symboliquement, et de manière forte, est fondamental pour notre développement.

Un effort tout particulier pour soutenir la cellule alumni de l’ULB, en partenariat avec l’UAE, sera dès lors une action significative de mon rectorat.

L’ULB, l’enseignement et les apprentissages

Le plan stratégique 2030 de notre Université a mis en lumière les nombreux défis de l’enseignement universitaire. L’ULB s’est toujours voulue ouverte et inclusive et est un moteur historique de l’émancipation et de l’ascension sociale. Cette mission est devenue périlleuse en raison de l’augmentation substantielle de la population étudiante – près de 32 000 étudiants en 2019-2020 – pour un financement qui a réduit de 23 % la subsidiation par étudiant. Le nombre d’enseignants n’a donc pas augmenté en proportion et est resté bien insuffisant pour répondre à un encadrement digne de ce nom. Et que dire des infrastructures pour accueillir nos étudiants devenues cruellement insuffisantes ? Pour autant, l’enseignement fondé sur la recherche reste la priorité absolue de l’Université malgré les contraintes financières; quant au travail des enseignants, il est impressionnant.

L’ULB a proposé des axes stratégiques pour répondre à ces défis. Il me tiendra à cœur de les mettre en œuvre avec les autorités facultaires mais aussi les responsables de programmes ou présidents des commissions pédagogiques pour que ces axes soient suivis d’effets concrets dans les facultés.

Voici quelques propositions qui me paraissent essentielles étant entendu que de multiples autres idées foisonnent auxquelles je suis et resterai attentive.

Œuvrer à la modification du décret définissant le paysage de l’enseignement supérieur et l’organisation académique des études du 7 novembre 2013 (dit décret paysage)

Faire face à l’hétérogénéité des acquis scolaires et socio-culturels des étudiants et à la massification de l’enseignement dans certaines filières – Repenser les activités d’aide à la réussite avec un soutien pédagogique adapté aux besoins

Revaloriser l’enseignement en BA

Inciter à de nouvelles méthodes pédagogiques qui  rendent les étudiants acteurs de leur apprentissage et/ou diminuent la charge des enseignants

Encourager les collaborations interfacultaires ou interuniversitaires

Profiter des outils numériques et soutenir les membres du corps académique et scientifique à leur utilisation

Consolider la formation continue  et la formation tout au long de la vie


Œuvrer à la modification du décret “paysage”

Depuis sa mise en œuvre, le décret « paysage » a fait l’objet de multiples critiques : il n’atteint pas l’objectif affiché d’améliorer le cursus étudiant et la réussite des études ; au contraire, les indicateurs pointent un allongement des études et un impact négatif sur le taux de réussite. Les étudiants ne maîtrisent plus leur parcours et peuvent se retrouver non-finançable alors que les conditions de leur « finançabilité » ne leur étaient pas claires ou compréhensibles en début de parcours. De plus en plus d’étudiants se retrouvent par ailleurs dans une situation très précaire et émargent aux CPAS 27 133 étudiants sont concernés cette année en Communauté française, soit huit fois plus qu’en 2002 — ou sont obligés d’assumer une activité professionnelle qui compromet leurs études.

Les Programmes annuels d’études (PAE), les sac à dos, les prérequis qui n’en sont pas et autres complexités du décret, rendent illisible et incohérent le cursus des étudiants et la composition de leur PAE. L’explosion des années d’études a fait disparaître le sentiment d’appartenance à une cohorte avec les liens sociaux et la solidarité qui s’y tissaient. Les enseignants ont des auditoires hétérogènes qui rendent leur enseignement difficile à adapter à la diversité des publics étudiants.

La cohérence du parcours des études est mise à mal aussi par les conflits horaires insolubles ou les examens placés le même jour : autant d’obstacles à la réussite que de problèmes organisationnels et administratifs. Sans parler de la (in)disponibilité des locaux !

L’évaluation du décret est en cours au sein de quatre groupes de travail au cabinet de la ministre Valérie Glatigny. Lorsque les données précises seront connues, la modification du décret sera formellement sur la table des négociations.

La ministre envisage une réforme en deux temps. Une première réforme, à court terme, visant à remédier rapidement aux difficultés identifiées par l’évaluation du décret. Celle-ci viserait à endiguer l’allongement tendanciel des études et à alléger la gestion académique et administrative. Quatre types d’actions sont proposés à cette fin : remettre l’acquisition des 60 crédits au centre des priorités des étudiants, favoriser les réorientations les plus précoces possibles, remettre l’achèvement intégral des crédits du Bloc 1 pour accéder au suivant, baliser les conditions d’accès au deuxième cycle et simplifier l’organisation administrative et académique des études. Dans un second temps, et si nécessaire, la ministre propose de réfléchir plus largement à une réforme ambitieuse de l’enseignement supérieur, dite « grande réforme ».

La modification du décret est un enjeu tout-à-fait majeur pour la qualité de notre enseignement, la qualité du cursus des étudiants et des conditions de travail de toutes les catégories du personnel de l’Université. Il est pour moi absolument prioritaire d’œuvrer à sa modification tout en évitant une réforme qui entrainerait, à nouveau, un bouleversement administratif. L’objectif sera de résoudre les problèmes existants sans en créer d’autres. La consultation des différents acteurs est donc indispensable. La modification doit être faite en concertation avec les autres universités de la Communauté française pour proposer des réformes utiles et constructives. Dans l’intervalle, je m’engage à travailler avec les autorités facultaires, avec les responsables de programmes ou présidents des commissions pédagogiques et les jurys afin d’améliorer l’application du décret là où ses dispositions laissent une marge de manœuvre qui n’a pas toujours été prise en compte. L’objectif sera aussi de clarifier certaines dispositions du décret qui ont souvent donné l’impression de restreindre la capacité d’appréciation des présidents de jury alors que la flexibilité était envisageable. Il faudra également réfléchir et analyser comment appliquer concrètement l’article 100, §4, b du décret modifié le 3 mai 2019, lequel laisse aux jurys la possibilité de baliser la réussite de certains prérequis qui ne peuvent être transformés en co-requis.

Œuvrer à une modification du décret est donc une priorité fondamentale pour retrouver la qualité des apprentissages et des enseignements.


Faire face à l’hétérogénéité des acquis scolaires, des parcours socio-culturels et des situations économiques de nos étudiants, de même qu’à la massification de l’enseignement dans certaines filières

On le sait, l’enseignement secondaire de la Communauté française est malheureusement considéré, sur la base des résultats de l’enquête PISA de l’OCDE, comme présentant de nombreuses lacunes. Il est aussi un des plus inégalitaires des pays de l’OCDE. C’est une gageure de compenser l’hétérogénéité des acquis scolaires, des parcours socio-culturels et des situations économiques de nos étudiants tout en faisant face à la massification de l’enseignement caractéristique de nombreuses filières.

Comme mis en avant dans les travaux menés pour élaborer le plan stratégique de l’ULB, nous n’arrivons pas, malgré les aides mises en place, à faire face à l’hétérogénéité des acquis de nos étudiants et à faire progresser une part importante de ceux-ci. Le coût humain et psychologique est important pour les étudiants, les membres du corps enseignant et tout le personnel de l’Université. Ne le nions pas : malgré notre engagement et la variété de mesures d’aide à la réussite mise en place, notre mission d’ascenseur social est grippé. Bien que l’accès aux études universitaires soit largement ouvert (absence d’examens d’entrée et de numerus clausus sauf exceptions), celles-ci restent très inégalitaires dans la réussite : le taux de réussite d’étudiants issus de milieux défavorisés a fortement diminué ces dernières années – un étudiant issu d’un milieu défavorisé avait statistiquement plus de chance de réussir en 1967 qu’en 2019 –. L’ULB, doit réfléchir à ses modes de fonctionnement et l’organisation des enseignements pour faire face aux défis actuels, à l’heure de l’accroissement des inégalités de toutes sortes.  Cette mission est fondamentale pour l’Université et il est important de travailler plus encore à une meilleure aide à l’orientation et à la réussite.

Bien que les étudiants redoutent cette piste et la soupçonnent d’être une étape vers la limitation de l’accès aux études,  je pense qu’il faut soutenir la proposition de la ministre Valérie Glatigny, de proposer aux étudiants primo-arrivants un soutien à l’orientation. Le parcours scolaire, le redoublement et le choix des études ont un impact considérable sur le taux de réussite à l’Université. Ces facteurs entrainent incontestablement un décalage entre les prérequis de l’enseignement universitaire et la maîtrise effective, voire la simple connaissance de ces derniers, par les étudiants. Les étudiants peinent, en effet, à saisir les règles gouvernant l’Université, et ne disposent pas toujours d’une vision claire des finalités de leur passage à l’Université. Plusieurs études soulignent la difficulté éprouvée par les étudiants à comprendre leur « métier d’étudiant ».  Ils puisent alors dans leur passé scolaire un modèle pour s’adapter. Or, de nouveau, ce modèle sera plus ou moins proche du modèle universitaire en fonction de l’établissement fréquenté en secondaire, des options choisies, bref, du parcours scolaire antérieur. Celui-ci peut éventuellement être comblé par le milieu social, et c’est là que revient la question de l’inégalité d’accès à la réussite à l’Université. Finalement, les étudiants vont développer des stratégies d’adaptation plus ou moins efficientes, selon leur parcours antérieur. Une aide à l’orientation et à « apprendre à apprendre » est un outil efficace.  Il n’est pour autant pas question de dire qu’un élève issu de l’enseignement « technique », par exemple, ne pourra pas réussir un bachelier universitaire mais de l’inviter à identifier les domaines qu’il doit travailler pour avancer en connaissance de cause dans son cursus. Certains étudiants ont bénéficié de cette aide à l’orientation dans leur école secondaire ou dans leur entourage et s’en sortent généralement mieux. Il s’agit simplement d’offrir cette opportunité à tous et toutes. En fonction des domaines où l’étudiant pense avoir besoin d’un soutien, l’Université pourra proposer une aide adaptée.

Les sociétés privées qui offrent à un prix souvent élevé une formation spécifique avant l’entrée à l’Université engrangent de très bon résultats : la plupart des étudiants nantis qui ont suivi leur formation sont mieux armés pour réussir leur études. Ce type de services devrait être proposé, à tous, par les universités en collaboration avec les écoles secondaires, sans frais excessifs.

Pour que l’Université puisse continuer à assurer sa mission d’émancipation sociale et son rôle d’ascenseur social, sans rien retrancher à l’exigence académique de ses cursus, une meilleure orientation et ensuite un accompagnement adapté à l’hétérogénéité des acquis des étudiants primo-arrivants sont indispensables.  Il faudra continuer à consolider les actions déjà en place et la plateforme collaborative ULB E.COL.E est, dans ce contexte, une initiative récente très précieuse.

Il conviendra aussi, pour faire face à l’accroissement du nombre d’étudiants, de mettre en place des outils numériques de ‘première ligne’ permettant à un futur étudiant de se faire une idée précise du contenu des formations, de leurs exigences et de leurs débouchés. L’Université de Gand propose déjà une plateforme numérique, appelée ‘Vraag het aan Simon’ qui a fait ses preuves.


Revaloriser l’enseignement en BA

On l’aura compris à la lecture de la section précédente : l’enseignement en bachelier et particulièrement en Bloc 1 est capital. Et pourtant, l’enseignement dans ces années a perdu de sa valeur. Il faut au contraire valoriser ces enseignements fondamentaux pour nos étudiants, particulièrement en Bloc 1 mais aussi dans les Blocs suivants. Il faut aussi envisager de consacrer le premier semestre du Bloc 1 à des cours généraux pour familiariser les étudiants avec les attentes de l’enseignement universitaire et leur donner les fondamentaux qu’ils n’ont peut-être pas eus antérieurement. De nombreux collègues regrettent la spécialisation accrue des bacheliers ; celle-ci n’aide pas nécessairement à développer la maturité ni l’expérience requise pour accéder en master.

Sans entamer de grandes réformes, une réflexion globale sur le bachelier s’impose.


Inciter à de nouvelles méthodes pédagogiques qui rendent les étudiants acteurs de leur apprentissage et/ou diminuent la charge des enseignants et à des collaborations inter-facultaires ou universitaires

De nombreuses méthodes pédagogiques innovantes adaptées à l’accroissement du nombre d’étudiants mais aussi à la diversité et l’inégalité de leurs parcours scolaires ou ciblées sur la transition entre l’enseignement secondaire et universitaire, se développent et peuvent aider les collègues désireux d’adapter leurs enseignements aux nouveaux défis. Inspirées du mouvement de la pédagogie active, elles rendent les étudiants acteurs de leurs apprentissages.

Ces pratiques pédagogiques préconisent la réduction des enseignements ex cathedra pour laisser plus de place à l’interactivité, à la préparation préalable des matières et leurs discussions au cours ou en groupes ainsi que d’autres méthodes interactives. Elles peuvent aider les enseignants à repenser leurs méthodes pédagogiques. Bien sûr, les enseignants doivent avoir le temps pour adapter leurs cours. L’ULB a mis en place des formes de soutien pour les aider dans l’organisation de leurs cours mais ces outils sont souvent peu connus ou, quand ils sont connus, les titulaires de cours ne disposent pas du temps nécessaire pour les utiliser. Des aides doivent pouvoir être proposées pour aider les membres du corps académique et scientifique à mieux bénéficier des outils existants. L’ULB a élargi la possibilité de solliciter un congé sabbatique pour se consacrer aux projets pédagogiques, ce qui est salutaire car souvent un congé sabbatique est consacré à la réalisation d’un projet de recherche. Revaloriser l’enseignement doit être une priorité pour l’Université. Cette possibilité doit être maintenue et favorisée. Une répartition collective des missions principales des académiques, sur base volontaire, telle que proposée dans le chapitre relatif à la recherche, doit pouvoir viser aussi à dégager du temps pour repenser les enseignements.

Les facultés et les commissions pédagogiques doivent être soutenues, comme c’est le cas actuellement, si elles désirent s’engager dans de nouvelles initiatives de formations, revoir leur programme pour affronter tous les défis mentionnés ci-dessus, comme le fait actuellement la Faculté de Psychologie. L’Université doit maintenir ce soutien aux nouvelles initiatives.

L’ensemble des mesures de ce type est favorable aux apprentissages mais allègent également le travail des enseignants lorsque leurs cours ont été repensés.

Les collaborations interuniversitaires s’imposent, tout particulièrement pour maintenir certaines filières menacées par une baisse du nombre d’étudiants. L’accord de gouvernement prévoit de rationaliser l’offre d’enseignement en Communauté française. Le principe général d’une telle rationalisation peut contribuer à éviter la dispersion des forces et, dans certains cas, l’épuisement des enseignants. Il faut donc l’anticiper pour éviter de se la voir imposer. Une telle collaboration doit aussi être consolidée et développée dans notre offre d’enseignement multilingue avec la VUB ou d’autres universités flamandes.

Cette rationalisation de l’offre d’enseignement doit aussi, et peut-être avant tout, être réalisée au sein même de notre Université. La nécessité d’une telle rationalisation est évidente et ce, depuis longtemps, mais elle reste difficile à affronter. Il ne saurait évidemment être question de supprimer des cours sur la base d’indicateurs tels que le taux de fréquentation ou l’”utilité” d’une matière sur le marché du travail. C’est pourquoi, elle suppose au préalable une analyse approfondie de l’offre globale de cours à l’Université pour envisager des collaborations entre filières ou facultés et pourquoi pas, encourager l’ouverture des cursus vers d’autres disciplines, sans porter atteinte à la cohérence des programmes. L’ouverture des cours est une piste qui peut être fructueuse si elle est réfléchie et discutée avec les enseignants concernés.  

Enfin, prévoir les outils qui permettent d’alléger le travail d’évaluation et d’encodage des notes et encourager de nouvelles méthodes d’évaluation des étudiants, particulièrement pour les enseignements « en grands auditoires » est également primordial.

L’évaluation des connaissances des étudiants occupe désormais pour beaucoup d’entre-nous un temps déraisonnable. Les tâches administratives, spécialement l’encodage des notes, les classements des copies, la visite des copies etc., surtout pour les titulaires de cours suivis par de grandes cohortes d’étudiants, sont chronophages.

Tout comme les innovations pédagogiques évoquées ci-dessus peuvent aider à libérer du temps, repenser l’évaluation des étudiants semble fondamentale. Non seulement d’un point de vue pédagogique – le recours aux QCM et QRM s’il est adapté à certaines disciplines, l’est beaucoup moins dans d’autres alors qu’il devient la seule option pour faire face au nombre élevé d’étudiants à évaluer – mais aussi pour alléger les tâches des enseignants qui ne se résolvent pas à recourir à ces modes d’évaluation. Par exemple, pour les matières qui s’y prêtent et si les enseignants le souhaitent, l’évaluation de plusieurs enseignements en un seul examen transversal doit être encouragé. Imaginer des méthodes alternatives à l’examen classique pour en réduire le nombre doit être discuté en coordination pédagogique ou travaillé avec les conseillers pédagogiques. Les services proposés par CAP (la Cellule d’appui pédagogique ancien PRACTICE) sont d’une richesse incroyable auxquels il faut encourager les enseignants à faire appel.

Il est aussi essentiel de créer les outils adaptés aux évaluations (autres que par QCM). Des expériences existent dans certaines facultés – ainsi, au sein de l’UE en physique à la Solvay Brussel School of Economics and Management, un logiciel créé par l’équipe prend en charge et automatise un grand nombre de tâches administratives d’une part, et facilite par la production d’indicateurs, une analyse critique des différents formats d’évaluation des apprentissages mis en œuvre, d’autre part. Outre sa fonction de facilitation administrative, ce logiciel a, pour l’équipe, une réelle dimension docimologique, c’est-à-dire, d’analyse de la cohérence entre les objectifs poursuivis par un enseignement et l’évaluation.  Le développement de tels outils doit être encouragé.


Profiter des outils numériques

La généralisation des technologies de l’information modifie en profondeur le rapport et l’accès au savoir ainsi que le rôle des enseignants. Le numérique révolutionne la manière d’apprendre et permet de toucher un public de plus en plus large. Le numérique modifie également de manière radicale le rapport au temps.

La révolution des savoirs occasionnée par l’apparition de nouvelles formes d’intelligence artificielle et de production du savoir, reposant sur les données massives, nécessite une adaptation de nos programmes de cours et des compétences que nous souhaitons développer chez nos étudiants.

Il s’agit d’utiliser le numérique pour démultiplier les couches d’accès au savoir et à la connaissance. Le numérique, plutôt que de se substituer aux formats de cours en présentiel, doit rendre l’apprentissage plus modulable et proposer des nouveaux outils d’accès au savoir. Ces outils peuvent prendre diverses formes qui doivent être encouragées et amplifiées à l’Université. Le « blended learning » devra permettre aux étudiants de s’orienter de manière critique dans la masse d’informations et de savoirs accessibles. En corolaire à cette préconisation, il faut repenser le volume horaire des cours suivis par un étudiant afin de lui permettre de renforcer la dimension personnelle et active de son travail. Il faut remettre le temps long au cœur des apprentissages et mettre en avant la nécessité d’analyse en profondeur des questions actuelles plutôt que d’emmagasiner des connaissances, l’Université étant le lieu par excellence de la redécouverte du temps de la réflexion, à contrepied de l’information ultrarapide diffusée par le numérique.

Si l’émergence du numérique n’est pas correctement accompagnée, cela peut induire un phénomène de retour à l’autorité d’un savoir disponible à tout instant et non remis en question. Si l’Université ne saisit pas cette possibilité, d’autres acteurs de l’ « uberisation » du savoir combleront ce vide laissé.

Les ressources des Library and Learning Center seront évidemment cruciales. Lieux de support à l’apprentissage, à la recherche et à l’enseignement (comme actuellement les salles d’apprentissage actif et learning lab en NB5), ils sont également des lieux de vie pour les étudiants et de diffusion de l’information scientifique pour tous. Ils seront développés  au LIC à la Plaine avec la VUB. Il faudra également aménager un bâtiment à cet effet sur le campus Erasme. Ce sera pour moi, une priorité.


Consolider la formation continue et la formation tout au long de la vie

La formation continue (FC) permet d’acquérir de nouvelles compétences et de répondre aux défis émergents que sont le caractère de moins en moins linéaire des carrières, l’accélération de l’évolution des connaissances et des technologies, le besoin d’ouvrir l’Université au plus grand nombre. Avec 5 000 adultes par an en FC, c’est le secteur de l’éducation qui croît le plus rapidement. L’ULB propose un large catalogue de FC (plus de 100 certificats depuis 2013). Ce succès s’appuie sur l’excellence de nos enseignements, l’intégration de la FC dans la stratégie facultaire, l’adéquation avec les attentes du terrain, la qualité des formateurs et l’efficience des programmes. Pour continuer sur cette voie, certaines actions doivent être renforcées ou évoluer.

Des synergies entre la formation initiale (FI) et la FC seront encouragées, d’autant plus que la ministre Valérie Glatigny entend axer une partie substantielle de la FIE sur les formations continues. Il est illusoire de penser intégrer dans un seul diplôme toutes les compétences d’une vie. L’évolution rapide de notre environnement fait de nos diplômes des denrées partiellement périssables s’ils ne sont pas actualisés. La FC n’est pas concurrente à la FI mais complémentaire et parfois obligatoire pour l’exercice de certains métiers (comme en Santé ou au barreau). Pour beaucoup, si la FC n’est pas encore une obligation déontologique, elle devient une impérieuse nécessité. Plusieurs pistes seront explorées pour promouvoir les synergies entre FI et FC.

Le transfert des connaissances et des compétences vers la société par la formation dynamise la participation citoyenne, l’esprit critique et la créativité, renforce la cohésion, l’employabilité et la compétitivité en créant un plus grand réservoir de talents. Il faudra donc favoriser les partenariats avec les autres acteurs (institutionnels, académiques, hospitaliers et privés) et tenir compte de la diversité des publics cibles provenant d’horizons professionnels et culturels variés. La FC permet aussi de renforcer les liens avec nos alumni en leur proposant un service tout au long de leur carrière pour maintenir à jour leurs compétences. Un défi sera de les mobiliser pour mieux détecter les besoins du terrain et de les intégrer notre réservoir de formateurs.

La FC n’est pas éligible au mécanisme de financement des études. La FC doit s’autofinancer grâce à des financements extérieurs spécifiques et au minerval. Si l’activité peut dégager des bénéfices, ils seront réinvestis (par exemple au travers d’un fond) dans la création ou l’incubation de nouvelles FC ambitieuses ou en support transversal. Par ailleurs, comme vous le lirez dans le chapitre sur les moyens de l’ULB, il faut demander des subsides publics à la formation continue que le gouvernement de la Communauté française entend développer.  

Sur le plan organisationnel, la FC s’appuie à l’ULB sur des opérateurs facultaires. Pour gagner en cohérence, cette décentralisation doit s’organiser en réseau. Les opérateurs seront ainsi connectés pour favoriser les projets transversaux, éviter la concurrence interne et la balkanisation administrative. A ce titre, par exemple, une automatisation informatique de certaines procédures (comme les inscriptions) augmentera l’efficacité et intégrera la formation tout au long de la vie dans les parcours de nos étudiants et apprenants.

L’ULB et la recherche

Vous le savez tous : malgré le sous-financement de sa recherche, malgré les obstacles, malgré un patrimoine bien moins considérable que d’autres universités, et donc moins de moyens propres, l’ULB est à la pointe de la recherche en Communauté française. Ses chercheurs sont reconnus sur le plan international et son excellence vantée dans plusieurs domaines de pointe. Nous savons aussi que la réputation globale d’une université doit beaucoup à la qualité de sa recherche, de sorte que celle-ci, avec la méthode qui lui est propre, est le socle sur lequel se construisent notre enseignement et notre rôle dans la cité. Cette recherche de qualité, il faut dès lors la soutenir tant et plus. Voici mes propositions en la matière, parmi lesquelles le soutien structurel au montage de projets et les « actions blanches » sont prioritaires.


Soutenir structurellement le montage de projets et l’obtention de financements

Financer des projets ambitieux non sélectionnés

Améliorer les procédures d’évaluation scientifique

Oser les « Actions blanches »

Inciter à une répartition collective des missions principales des académiques

Simplifier l’allocation interne des ressources aux chercheurs

Améliorer l’aide financière aux plateformes et équipements

Valoriser le doctorat et améliorer le parcours des doctorants

Veiller à l’accueil des chercheurs dans une équipe et dans des locaux adéquats

Favoriser les publications en open access et casser le lien de dépendance à l’égard des grands opérateurs/éditeurs

Élargir et renforcer la valorisation de la recherche et les transferts de technologies


Soutien structurel à l’obtention de financements

La part de l’allocation de fonctionnement dédiée à la recherche est consacrée aux salaires d’une partie des chercheurs de l’Université. La plus grande majorité du financement de la recherche vient des crédits alloués aux appels à projets, à l’international ou au sein de la Communauté française, ainsi que des contrats de recherche. Parmi ceux-ci, on peut relever : les financements de la Communauté française (ARC ; FSR ; EOS) et les divers types de financement du FNRS et fonds associés (FRIA, FRESH) ; les fonds fédéraux et régionaux ; les fonds propres ; les financements privés ; les financements hors Europe et les Fonds européens. Le Programme-cadre de recherche et développement technologique (PCRDT) de l’Union européenne est devenu l’un des piliers structurants de la politique en matière de recherche.

Ces appels sont de plus en plus compétitifs et le taux de succès devient beaucoup trop bas par rapport à la qualité des dossiers soumis. Il entraîne un effet démobilisateur : le temps consacré par les chercheurs pour l’élaboration des projets est trop important au regard de la probabilité de succès ; les coûts de la soumission des appels sont énormes au regard des sommes distribuées ; le temps consacré à chercher des financements devient disproportionné, sans parler du coût économique correspondant, estimé dans certaines études comme globalement supérieur aux montants distribués.
Ce système multiple de financements conduit aussi à une complexité parfois mal exploitée ou mal vécue. Les chercheurs recourent alors à des sources classiques de financement ou à celles qui leur apparaissent comme les plus proches (particulièrement les ressources universitaires ou facultaires), même si celles-ci ne sont pas les plus adaptées, en raison de leur caractère encore plus limité et de l’hyper-compétitivité interne qui en découle.

Certes, notre Université seule ne pourra pas changer le paysage complexe du financement de la recherche. Néanmoins, il est du devoir de l’Université de mettre tout en œuvre pour que la gestion de ses fonds propres consacrés à la recherche aide à en réduire les effets négatifs. Il convient par exemple de simplifier au maximum nos appels internes et d’accompagner au mieux les démarches de nos chercheurs répondant aux appels à projets. De plus, c’est la responsabilité des autorités universitaires d’informer les chercheurs et de les orienter de façon à optimiser l’exploitation des ressources, tout particulièrement européennes et régionales.

L’accompagnement des chercheurs dans la conception et la mise en forme de ces projets reste encore insuffisant. L’aide du Département recherche est déjà précieuse, mais elle doit être renforcée. Bien sûr, il ne peut apporter de soutien à la compétence disciplinaire. Mais il peut aider au ciblage des appels en fonction des organismes de financement et se charger de la rédaction des parties administratives. Il peut aider les chercheurs, particulièrement en sciences humaines et sociales où la participation aux appels peut être améliorée.

La constitution d’un pool de logisticiens de recherche est une priorité. Ils seront au service des facultés, centres ou équipes de recherche, tout en bénéficiant d’un support et d’un savoir commun.


Financement des projets ambitieux non sélectionnés

L’ULB finance déjà les projets des chercheurs qui, quoique évalués positivement et bien placés, ne sont pas sélectionnés. Ce soutien doit être maintenu et sans doute renforcé. De plus, une publicité plus claire de cette politique interne doit être faite auprès des chercheurs qui sont trop nombreux à en ignorer les contours.


Améliorer les procédures d’évaluation scientifique

L’évaluation est un fondamental de la pratique scientifique et a toujours existé. Il ne peut être question de soustraire la recherche et les chercheurs à un devoir de transparence, ni d’allouer des crédits de recherche ou des postes de chercheurs sans évaluer les projets et les candidats. Mais la diminution des ressources rend la compétition âpre : il est donc nécessaire de disposer de critères objectifs de sélection.

La généralisation de l’évaluation a priori ou a posteriori de tous les aspects et de toutes les phases de l’activité scientifique est devenue trop chronophage.

Il faut améliorer les procédures d’évaluation scientifique. Prévoir des procédures de candidature et d’évaluation légères pour les financements de base, souvent relativement modestes, pour lesquels il est essentiel de privilégier la confiance dans les chercheurs et d’éviter une compétition exagérée.

Si des procédures plus lourdes se justifient pour les programmes sélectifs dotés de financements importants, elles devraient se limiter à une évaluation des projets et candidats.

Le malaise de nombreux chercheurs face aux évaluations est souvent alimenté par des doutes sur le fonctionnement des commissions de classement et un manque de confiance dans l’objectivité des évaluations. Il est donc important que règne la transparence à ces égards.

Les personnes évaluées ne bénéficient pas systématiquement d’un retour véritable et doivent souvent se satisfaire de considérations générales ou de critères quantitatifs réducteurs. Pire, certains fonds, comme le FRESH ou le Mini-arc, ne donnent qu’un retour très sommaire et pas systématique aux candidats malheureux. Il est important qu’un retour adéquat des évaluations vers les chercheurs soit assuré.

Les procédures d’évaluation ne doivent pas s’appliquer de manière identique à tous les domaines de recherche. S’interroger sur l’impact réel d’une publication est légitime dans certaines matières mais pas dans d’autres. Et même dans les domaines pour lesquels le recours à des indicateurs numériques peut s’avérer intéressant, la qualité d’un chercheur ne peut s’évaluer sur cette seule base. Il faut favoriser l’évaluation des projets selon des critères plus qualitatifs et, par exemple, demander au chercheur de présenter trois publications récentes les plus représentatives de ses activités de recherche, et préciser ses implications et apports personnels.

Les autorités académiques et les institutions devraient donner des directives très claires sur les différentes évaluations, expliquer leurs objectifs et les critères appliqués pour que les chercheurs comprennent les enjeux et profilent leur candidatures en connaissance de cause.

Une coopération interuniversitaire pour attirer l’attention des acteurs des financements nationaux et internationaux sur ces questions est primordiale. Le rôle des universités à cet égard — et celui d’une rectrice dans certains organismes de financement… — sont importants.


Oser les « Actions blanches »

Le financement par appels à projets freine drastiquement la possibilité de mener de nouvelles recherches aux résultats incertains. Des études qualitatives ont ainsi montré qu’au vu de la concurrence et du taux d’échec relativement important des projets proposés, de plus en plus de chercheurs présentent des projets déjà engagés et pour lesquels ils peuvent déjà démontrer des résultats. Cette logique nie l’importance de projets moins aboutis ou exploratoires.

L’ULB doit prendre quelques risques et soutenir des « actions blanches ». Ces dernières laissent l’initiative du choix des thèmes aux chercheurs, sans qu’ils soient déterminés au préalable par des exigences de rentabilité ou d’output ; ils doivent être conçus, non pas comme une réponse à des questions posées aujourd’hui, mais comme un moyen de faire surgir les questions de demain. Les découvertes qui ont révolutionné le monde ont souvent été des surprises, pour lesquelles des hommes et des femmes ont consacré de nombreuses années et des efforts infinis sans pressions comptables ni administratives. Par l’« action blanche », une équipe est soutenue financièrement pour développer une thématique sans devoir présenter un projet détaillé identifiant des jalons et des objectifs précis et peut, dès lors, se consacrer à la recherche fondamentale sans pression du temps, sans évaluation régulière, sans obligations d’output annuel. C’est un pari, certes, mais qui s’inscrit dans ce qui constitue peut-être le cœur de la mission universitaire : créer des précédents. Que ce soit dans la recherche ou dans notre façon de gérer l’institution au quotidien, nous devons, plus que toute autre institution, nous affranchir des routines et des habitudes.


Simplifier l’allocation interne des ressources

Il est urgent de créer un fonds de soutien aux petites dépenses des chercheurs.

Pour répondre à plusieurs attentes, l’Université a déjà créé plusieurs lignes budgétaires (mobilité, frais de traduction, frais de défense de thèse, impression des thèses, …). Souvent, la sollicitation de ces financements nécessite l’introduction d’un formulaire qui, même s’il est souvent relativement simple, introduit une surcharge administrative pour des actions qui constituent le quotidien de nos chercheurs et devraient être automatiquement financées.

Plutôt que de donner un budget à chaque académique, je propose de regrouper ces différents budgets dans un seul fonds auquel chacun peut recourir pour obtenir un financement de fonctionnement, sans devoir soumettre de multiple de documents justificatifs.


Inciter à une répartition collective des missions principales des académiques

La souplesse dans la répartition des tâches d’enseignement et de recherche dans une trajectoire à 5 ans permettra aux uns de libérer du temps pour la recherche et aux autres de pouvoir en faire autant pour l’enseignement, dans un partage bien compris des missions principales des académiques ; tous et toutes pourront se consacrer prioritairement à une mission sans être jugés. La compétition généralisée impose une coopération, sur base volontaire et par accord entre académiques, mais soutenue par l’Université, dans l’activité scientifique et l’enseignement.

Une réflexion globale sur la création d’autres structures de recherche, plus larges, plus interdisciplinaires, doit aussi être menée, sans tabous.


Soutien aux plateformes et équipements

Certaines équipes décrochent des financements et équipements importants mais pour certaines d’entre-elles les équipements sont difficiles à entretenir faute de moyens financiers et humains couverts par les financements qu’elles ont obtenus, alors même qu’elles contribuent fortement à l’attractivité des structures et des sites de recherche. Elles peinent à mettre à jour les équipements et les plateformes alors que les modèles d’autofinancement ne permettent pas l’entretien et induisent une grande pression sur les personnels travaillant sur ces plateformes et équipement. Ce soutien doit être amélioré. L’ULB doit prévoir un soutien administratif ou l’octroi de suppléances de cours aux coordinateurs académiques de ces projets lorsque le financement n’en permet pas la prise en charge.


Valoriser le doctorat et améliorer le parcours des doctorants

Le nombre de doctorants a doublé ces dernières années. L’encadrement de leur travail s’est notablement amélioré depuis l’entrée en vigueur du règlement du doctorat de l’ULB en 2013-2014. Le taux d’achèvement des doctorats s’est amélioré et s’élève à plus de 50 %. Il varie en fonction de divers facteurs :

  • le sexe : les hommes sont légèrement mais systématiquement avantagés par rapport aux femmes dans tous les domaines de recherche ;
  • le statut : le taux de réussite est nettement plus élevé pour les boursiers que pour les assistants au cadre ou les chercheurs sur contrat ;
  • la discipline ;
  • la mention obtenue à la fin du deuxième cycle ;
  • la situation d’emploi (temps plein/temps partiel/non financé) et les conditions de travail.

Parmi les difficultés exprimées par les chercheurs (doctorants et docteurs), on relève les difficultés suivantes : le manque de moyens, principalement en sciences humaines et sociales et pour les mandataires des grands fonds ; l’excès de charges, particulièrement pour les assistants au cadre et plus souvent en sciences humaines et sociales; la lourdeur des tâches administratives et logistiques qui concernent autant le personnel au cadre que les chercheurs sur fonds extérieurs, de manière plus marquée en sciences humaines et sociales ainsi qu’en sciences appliquées et que dans les autres domaines ; les problèmes d’encadrement du doctorat, principalement en sciences médicales; enfin, la réalisation de travaux non valorisables dans une thèse, surtout en sciences humaines et sociales, en sciences appliquées et en sciences médicales.
Une politique de soutien ciblée en fonction de ces facteurs doit être mise en place.
Les perspectives d’emploi des docteurs et leur avenir très incertain expliquent également l’abandon des travaux et bien sûr la réticence à s’engager dans le doctorat. Le nombre de postes définitifs à pourvoir a considérablement diminué alors que le nombre de docteurs augmente, et ce diplôme est très peu valorisé dans le monde du travail, y compris à l’Université (sauf dans la carrière académique et scientifique à titre définitif).
L’ULB doit, avec le CREF, œuvrer à la reconnaissance du doctorat dans le monde du travail (en ce compris en son sein) et proposer des parcours d’insertion professionnelle.


Veiller à l’accueil des chercheurs dans une équipe et dans des locaux adéquats

Si l’accueil institutionnel des nouveaux engagés s’est considérablement amélioré, leur accueil dans des équipes de recherche et la mise à disposition de locaux (adéquats) posent problème pour certains. Certains parlent aussi de milieu hostile ou de solitude. C’est tout simplement inacceptable et je m’engage à veiller à cette question qui ne devrait même plus se poser et ne plus être source d’inquiétude.

Il en est de même, aussi aberrant que cela puisse paraitre, de chercheurs qui décrochent des financements importants ou des grands équipements que l’ULB les incite à obtenir, et qui faute de locaux ne savent pas où s’installer ou se regroupent à 10 dans un local conçu pour 4…

Il s’agira pour moi d’une priorité.


Favoriser les publications en open access et casser le lien de dépendance à l’égard des grands opérateurs/éditeurs

L’ULB œuvre à permettre l’accès gratuit et le plus large possible aux publications des chercheurs. L’entreprise n’est pas simple et les efforts doivent être maintenus, en collaboration avec toutes les universités et les pouvoirs publics. Elle doit aussi soutenir les initiatives en ce sens des facultés, équipes de recherche et des chercheurs. Les ressources des Library and Learning Center constituent à cet égard un enjeu majeur.


Élargir et renforcer la valorisation de la recherche et les transferts de technologie

Notre valorisation de la recherche dispose déjà d’une grande pratique et peut faire valoir un grand nombre d’expériences réussies. Un partenariat équilibré suppose des partenaires autonomes, dotés chacun de la liberté de définir les principes qu’il souhaite observer dans le partenariat. L’engagement de chercheurs dans des partenariats, industriels ou autres, ne doit donc pas être dicté par la nécessité impérative de trouver des sources additionnelles de financement de leurs activités de recherche.

Il convient de noter que dans de nombreux domaines, les acteurs industriels ou les responsables publics sont intéressés à des partenariats avec des chercheurs conduisant des recherches fondamentales et exploratoires, très en amont du transfert de technologies : ces partenariats doivent être encouragés.

Les partenariats avec les acteurs publics ou associatifs ne font pas l’objet de politiques incitatives aussi systématiques que les partenariats avec les acteurs économiques (industries, services), alors même que les bénéfices collectifs potentiels sont considérables. Ils doivent être encouragés.

Le département recherche doit envoyer plus systématiquement les valorisateurs dans les labos et recruter un peu plus de valorisateurs en sciences humaines et sociales.

La valorisation économique des technologies (mais aussi des procédés de fabrication ; des logiciels et autres applications liées aux technologies de l’information et de la communication ; du matériel biologique ; du savoir-faire ou de l’expertise particulière protégée par le secret) est souvent présentée comme une priorité et comme devant le rester. Néanmoins, notre Université dépend très largement de partenaires extérieures pour accompagner cette politique.

Par exemple, l’immense majorité du personnel du Technology Transfer Office (TTO) au sein du département recherche est financée par des contrats dont le renouvellement à interval régulier complique la gestion de ces activités. Il faut reconnaître également que ceci rend inévitablement notre politique en la matière fortement dépendante des attentes de ces bailleurs de fonds (Régions, Fonds Social Européen, …). Néanmoins, notre Université doit pouvoir interagir avec ces bailleurs de fonds pour promouvoir ses propres priorités. Par exemple, le département recherche devrait pouvoir recruter plus de valorisateurs en sciences humaines et sociales, domaine dans lequel le potentiel de valorisation économique et sociétale est sans doute le plus inexploité. De plus, le TTO devrait être encouragé à envoyer plus systématiquement les valorisateurs directement dans les équipes. Ceci permettrait de renforcer son travail de recensement et d’identification des technologies susceptibles d’être protégées par brevets, i-dépôts ou autres et/ou être valorisées par l’octroi de licences, cession de droits ou création de spin-off.

D’autres formes de transferts de connaissances peuvent être mises en œuvre, basée sur le modèle du programme KTP (Knowledge Transfer Partnerships) du Royaume-Uni qui est l’un des exemples internationaux les plus remarquables de programmes politiques promouvant le transfert de connaissances par la mobilité du capital humain qualifié. Le programme KTP est basé sur un partenariat à trois entre une entreprise, une université et un diplômé dûment qualifié qui entreprendra un projet au sein de l’entreprise pour une période d’un à trois ans, sous la supervision conjointe de l’université et de l’entreprise. L’université emploie le diplômé, et l’entreprise co-finance son salaire, ainsi que la bourse reçue dans le cadre du programme. Par ce programme, en mars 2019, environ 800 partenariats étaient actifs, dont 80 % impliquaient des PME. Outre sa contribution au transfert de connaissances entre la science et l’industrie, le programme est un outil utile pour améliorer l’employabilité des diplômés hautement qualifiés. Il n’y a pas de thématique particulière dans ces programmes, ce qui offre de la flexibilité aux régions afin de choisir des problématiques qui les intéressent particulièrement.

Par ailleurs, l’Université s’est entourée de partenariats avec plusieurs incubateurs d’entreprise à Anderlecht (EEBIC), Nivelles (Cap-Innove), Charleroi (Biopark-Dev) et prochainement dans le site d’U-Square. L’Université doit promouvoir ces partenariats pour encourager pleinement l’éclosion de collaborations science-industrie en veillant à ce que l’ensemble des projets potentiellement valorisables, que ce soit économiquement ou par leur impact sociétal, soit correctement accompagnés.

L’ULB et ses moyens

Nous le savons tous, les universités sont cruellement sous-financées. Vous trouverez ici ma position sur le refinancement des universités ainsi que deux mesures particulières que je propose. Ensuite, j’invite à repenser l’allocation d’une partie de ces moyens à travers une révision de la clé de répartition des cadres entre facultés.

L’évolution du paysage institutionnel belge est évidemment un enjeu majeur qu’en professeure de droit public, je suis activement depuis longtemps. L’ULB doit anticiper les réformes institutionnelles à venir. Il est indubitable que l’on s’oriente vers une Belgique à quatre régions, dans le cadre de laquelle nous serons l’Université phare de la Région bruxelloise. La configuration politique bruxelloise nous permettra assurément d’en tirer profit. Ceci ne doit cependant pas nous empêcher de renforcer notre présence en Wallonie, en particulier dans le Hainaut où nous disposons d’ancrages et de relais de premier plan. Car l’évolution institutionnelle du pays doit être pour nous une opportunité. Première université de la région centrale du pays et acteur important en Wallonie, l’ULB pourra être bien plus forte encore dans une Belgique à quatre régions.

Mes propositions relatives au financement de l’Université permettent la mise en œuvre budgétaire des mesures exposées dans les autres chapitres de ce programme, étant entendu, que si certaines de mes propositions financières n’aboutissent pas – quod non –, les ressources actuelles et prévisibles ainsi que les mesures dont la mise en œuvre ne nécessite aucune révision de la législation permettent malgré tout de financer ces mesures, sur la base d’un large consensus, toujours nécessaire à une politique académique harmonieuse qui ne peut s’imposer d’« en haut ». Je décline ici mon propos en deux chapitres : l’un consacré aux moyens de l’Université, l’autre aux moyens des facultés.


I – Les moyens de l’Université

  • Refinancement de l’enseignement supérieur
  • Amélioration de la défiscalisation de la recherche
  • Tax-shelter pour la recherche scientifique
  • Coopération avec les autres universités francophones
  • Mutualisation des forces et des moyens par pôle

II – Les moyens des facultés

  • Révision de la clé de répartition des cadres entre les facultés

I – Les moyens de l’Université

Refinancement de l’enseignement supérieur

On connait la problématique du financement en enveloppe fermée et la concurrence stérile entre universités que ce mode de financement entraîne. La situation de sous-financement des universités est devenue intenable. Le financement est réglementé par la loi du 27 juillet 1971 sur le financement et le contrôle des institutions universitaires, modifiée à plusieurs reprises, notamment par le décret du 11 avril 2014 adaptant le financement des établissements à la nouvelle organisation des études et le décret du 16 juin 2016 portant diverses mesures dans l’enseignement supérieur, qui prévoit un refinancement jusqu’en 2021. Le refinancement revient donc sur la table des négociations. La ministre Valérie Glatigny a annoncé à la presse : « Pas d’austérité dans l’enseignement supérieur ». Restons néanmoins lucides : même si l’accord de gouvernement annonce vouloir sortir de l’enveloppe fermée et rattraper la baisse structurelle de la subsidiation par étudiant, il n’envisage qu’un refinancement progressif de 50 millions d’euros d’ici 2024 alors que le CREF réclamait 150 millions. La répartition entre universités et Hautes Écoles permet d’espérer environ 7 millions pour l’ULB…

Les négociations sont actuellement en cours et il s’agira évidemment pour moi de m’inscrire dans leur continuité. Outils de politique publique, les mécanismes de financement de l’enseignement supérieur ne peuvent se limiter à de simples coefficients arithmétiques qui datent de 1971. Il faut rappeler que les bénéfices publics de l’enseignement universitaire sont supérieurs aux dépenses publiques nécessaires à son financement. En Belgique par exemple, les recettes fiscales perçues par l’impôt sur le revenu des diplômés de l’université dépassent le coût du financement public de l’enseignement supérieur, même en tenant compte d’une estimation des recettes fiscales qui auraient été perçues si ces assujettis n’avaient pas fait d’études universitaires. Bien sûr, les recettes de l’impôt ne doivent pas être fléchées mais il faut rappeler que les dépenses publiques ne sont pas investies en perte dans l’enseignement supérieur.  En moyenne dans les pays de l’OCDE, les bénéfices publics sont quatre fois plus importants que les coûts supportés par les pouvoirs publics. Le Vlaamse Interuniversitaire Raad a, dans une étude de 2017, montré que chaque euro généré́ par le fonctionnement direct des universités flamandes entraine 6 euros de bénéfices pour l’économie flamande et que chaque personne directement employée par ces universités conduit à créer près de 3 emplois en Flandre. Il en va, selon toute vraisemblance, de même dans la partie francophone du pays. Le financement public apparaît dès lors comme un investissement public rentable, sans parler des bénéfices inestimables de l’enseignement supérieur pour la société : diffusion du savoir, comportements citoyens, participation électorale accrue, chômage moindre, impact positif sur le développement économique et le PIB, éducation intergénérationnelle etc.

Malgré le refinancement de 2016, le montant perçu par étudiant a subi une chute vertigineuse au cours des vingt dernières années. Le montant perçu par étudiant pondéré subsidiable est passé de 5.900 € en 2006 à près de 4.500 € en 2018, et ce en termes constants (euros de 2004), c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation. Une chute de plus de 23% des montants perçus par étudiant est évidemment dramatique et explique en partie les difficultés éprouvées par de nombreux collègues pour mener à bien leurs missions. Notons qu’au sein même de l’enseignement supérieur, l’évolution de l’allocation par étudiant universitaire est plus négative que celle observée pour les Hautes Écoles. En conséquence, l’enseignement universitaire est le niveau d’enseignement le plus affecté par le définancement de l’enseignement supérieur (Mémorandum du CREF, 2019).

L’objectif principal est de sortir de l’enveloppe fermée à condition que le financement par étudiant soit objectivé et revu à la hausse pour correspondre à la réalité.

Pour cette partie variable du financement, les pondérations actuelles utilisées dans le cadre du nombre pondéré d’étudiants subsidiables (NPES) sont obsolètes. En interne, il convient de mettre en place une comptabilité analytique qui permette de mieux comprendre la structure des coûts de nos enseignements, de notre recherche et de notre administration. Celle-ci nous permettra d’être à même de juger de nos coûts et donc d’entamer sereinement les négociations sur la révision des coefficients de pondération.

Il convient également de supprimer, ou à tout le moins de revoir, les règles qui fixent le nombre-plafond d’étudiants subsidiables par orientation d’études dès lors que les économies d’échelle supposées ne correspondent plus du tout à la réalité.

Le financement actuel met en péril la survie de filières avec peu d’étudiants. Dans certains domaines, il existe un risque réel que certaines disciplines ne soient plus enseignées en Communauté française. Afin de pérenniser ces enseignements, la partie variable du financement doit réinstaurer un nombre plancher d’étudiants, c’est-à-dire un financement minimum même si le nombre d’inscrits dans cette filière tombe en dessous de ce plancher. En parallèle, pour ces filières encore plus que pour les autres, il convient de développer des programmes en collaboration avec d’autres universités de la Communauté française, avec la VUB ou encore avec les partenaires de CIVIS (cf. point 3 ci-dessous).

Enfin, il devrait être mieux tenu compte de variables liées aux caractéristiques socio-économiques de la population étudiante accueillie par chaque institution. À ce jour, les montants qui y sont consacrés restent insuffisants. Ce point est important pour l’ULB qui a toujours eu à cœur d’offrir un ascenseur social aux étudiants les moins favorisés.

De même, la partie du financement consacrée aux infrastructures, en particulier celle destinée à la construction de bâtiments doit être revue à la hausse. Celle-ci devrait être liée à l’augmentation du nombre d’étudiants et du nombre de projets de recherche compétitifs obtenus par les universités parce qu’ils impliquent des bâtiments à la hauteur de ce défi.

Enfin, et c’est crucial, il faut réclamer des subsides à la formation tout au long de la vie. En effet, la Ministre Valérie Glatigny compte développer substantiellement les formations continues, y compris dans le cadre de la formation initiale des enseignants. Un financement de celles-ci doit dès lors être prévu.

Un mécanisme transitoire de solidarité, qui garantit à chaque institution de percevoir dans le modèle futur de financement au moins autant que ce qu’elle reçoit actuellement doit être prévu pour une période de 5 ans.

Enfin, comme le prévoit l’accord de gouvernement, les dispositifs du décret « non-résidents » du 16 juin 2006 doivent être renforcés afin de mieux réguler le nombre d’étudiants étrangers dans certains cursus. Des dispositifs qui prévoient la participation financière des étudiants étrangers au coût des études, lorsqu’ils en ont les moyens, devra être prévue dans le respect des règles du droit européen.


Amélioration de la défiscalisation de la recherche

En vue de soutenir la recherche scientifique, la loi programme du 24 décembre 2002, en son article 385, a prévu de dispenser les universités d’une partie du paiement du précompte professionnel des chercheurs. Une loi du 23 décembre 2005 a codifié cette disposition et inséré un article 275/3 dans le code des impôts sur les revenus (CIR).

Les universités francophones appliquent très différemment cette dispense. Comparée aux dispenses obtenues par les universités flamandes sur la base de la même disposition, cette différence est flagrante. Par exemple, selon les données du CREF, en 2018, la VUB, qui a pourtant un personnel moins nombreux que l’ULB, obtient 16 329 897 € tandis que l’ULB ne réalise que 6 952 305 € de dispense du précompte professionnel (6 788 025 € au budget 2019). Plusieurs facteurs expliquent cette différence. Quoi qu’il en soit, je propose de constituer une cellule « d’optimisation fiscale » au sein du département financier pour le soutien à la « défiscalisation » que permet le CIR.

Je propose également de contester la constitutionnalité de l’article 275/3 du CIR en ce qu’il ne prévoit pas la défiscalisation d’une partie du précompte professionnel des enseignants-chercheurs.


Dispense partielle du précompte professionnel de tous les membres du corps académique

L’article 275/3 du CIR n’a pas prévu la dispense d’un pourcentage du précompte professionnel des membres du corps académique et l’a limité aux « chercheurs-assistants » et aux « chercheurs-postdoctoraux », alors que la loi programme qu’il codifie prévoyait une dispense pour soutenir la recherche scientifique, quelle que soit la catégorie de personnel qui la développe. Or, on sait que les académiques consacrent, comme les membres du corps scientifique, au minimum 50 % de leur travail à la recherche. Cette limitation constitue dès lors une discrimination entre catégories de chercheurs, contraire à la Constitution.

L’application de la disposition au corps académique permettrait à l’ULB d’être dispensée du paiement de 9 500 000 € (soit 80% d’une estimation moyenne du précompte professionnel versé annuellement pour l’ensemble du corps académique temps-plein). Au minimum, une dispense proportionnelle au pourcentage des activités de recherche d’un académique devrait être obtenue, soit 50% d’une estimation moyenne du précompte professionnel. L’ULB serait alors dispensée du paiement d’environ  6 000 000 €.

Une négociation auprès de l’administration fiscale fondée sur cette rupture de l’égalité mais aussi sur l’obligation qu’ont les autorités publiques de consacrer au minimum 1 % du PIB à la recherche et au développement en vertu du droit européen (Règlement 1291/2013 du parlement européen et du conseil du 11 décembre 2013 portant établissement du programme-cadre pour la recherche et l’innovation “Horizon 2020”) sera la toute première étape. La Belgique peine à atteindre 0,7% en 2019. Cette mesure améliorerait la performance belge sans nécessiter de recourir aux finances de la Communauté française.

La force de cette proposition est qu’elle unira toutes les universités, tant francophones que flamandes, dans une revendication du soutien à la recherche à laquelle la Belgique s’est obligée à l’horizon 2020…

La procédure à suivre consiste à introduire une réclamation auprès de l’administration fiscale dans les 6 mois du versement du précompte professionnel et de saisir le tribunal en cas de refus. Ce dernier pourra saisir la Cour constitutionnelle de la question de la rupture de l’égalité entre les catégories de chercheurs.

À titre subsidiaire, une alternative consiste à modifier les rangs dans la carrière des académiques comme l’a fait la Flandre et à prévoir des rangs destinés à la « recherche » dans la carrière académique. Cela dit, cette solution ne permettrait pas d’optimiser au mieux la dispense puisqu’elle ne viserait à nouveau qu’une partie des membres du corps académique. Elle supposerait en outre qu’on applique des rangs nouveaux mais qui correspondraient à celui de chef de travaux ou équivalent, ce que l’ULB ne pratique plus.

A titre encore plus subsidiaire, il s’agira de contester la constitutionnalité de l’alinéa 3 de l’article 275/3 CIR qui permet aux universités d’être dispensées du même pourcentage du précompte professionnel sur les rémunérations de tous les membres du corps académique investis dans un projet de recherche et qui sont porteur du diplôme mentionné dans cette disposition mais qui exclut, sans justification objective et raisonnable, tous les diplômes de sciences humaines.


Tax-shelter pour la recherche scientifique

Le titre III du Code des impôts sur les revenus (CIR) permet une exonération d’impôts pour les sociétés qui investissent dans une convention-cadre destinée à la production d’une œuvre audiovisuelle (couramment appelée le tax-shelter « cinéma » ou « art de la scène »).

Pour soutenir la recherche scientifique, un tel tax-shelter devrait être prévu pour les investisseurs dans la production de la recherche scientifique à l’université. Des démarches auprès du ministre des Finances laissent entrevoir une réelle possibilité d’élargir le tax-shelter à la recherche scientifique.

Je propose de rédiger avec des collègues fiscalistes et économistes, un avant-projet de loi. Il pourra, à nouveau, permettre à la Belgique de soutenir la recherche et le développement.


Coopération avec les autres universités francophones

On l’aura compris, la question du refinancement des universités concerne toutes les universités, particulièrement de la Communauté française. Une collaboration avec celles-ci pour obtenir un meilleur financement est primordial. La concurrence stérile profite à la politique de sous-financement des universités. Cette coopération s’impose aussi pour maintenir certaines filières menacées par une baisse du nombre d’étudiants. L’accord de gouvernement prévoit de rationaliser l’offre d’enseignement en Communauté française. Si je peux être d’accord avec le principe général d’une telle rationalisation qui peut contribuer à éviter la dispersion de nos forces et, dans certains cas, l’épuisement de nos enseignants, il convient de veiller à ce qu’elle soit compatible avec les priorités de nos facultés. Il convient donc de l’anticiper pour éviter de se la voir imposer.


Mutualisation des ressources par pôle

L’ULB compte à ce jour deux entités polaires : le pôle Santé et le pôle Charleroi. La mutualisation des tâches et des ressources par pôle est primordiale. L’allocation de ressources supplémentaires est prévue pour les plans facultaires de développement, s’ils sont destinés aux pôles.

La création de nouveaux pôles devient d’autant plus urgente qu’elle stagne alors qu’elle est préconisée depuis de nombreuses années. La question de la création de pôles thématiques est complexe et divise les facultés depuis si longtemps qu’il convient de dépasser les controverses en se montrant pragmatique ! Là où un pôle thématique correspond à un pôle géographique, sa création ne pose pas de problème. Si le pôle Santé a engrangé des réussites, c’est parce qu’il correspond à la situation géographique actuelle ou programmée des facultés concernées. Le pôle « Charleroi » n’est pas thématique et pourtant il fonctionne bien, même si sa jeunesse suppose du soutien. Actuellement, la constitution d’un pôle des sciences et technologies n’est discutée qu’entre facultés qui se situent ou vont se situer – en partie – sur le campus de la Plaine, et correspond donc à un pôle géographique et non à un pôle thématique puisque la Faculté d’Architecture en est actuellement exclue et qu’une partie de l’École polytechnique va rester au Solbosch. Plutôt que de débattre indéfiniment de quels pôles thématiques créer en sciences humaines et sociales, ou en sciences et techniques, je propose de retenir le concept de pôle géographique qui pourra porter un nom thématique s’il y correspond. Le campus du Solbosh, très occupé, pourrait compter un ou deux pôles selon les synergies qui s’y développent, selon les possibilités de mutualisation des tâches et des ressources déterminées par la localisation des ressources humaines et matérielles. Elle entrainera une gestion plus rationnelle du matériel et des consommables.


II – Les moyens des facultés

Révision de la clé de répartition des cadres entre les facultés

Le partage des cadres académique, scientifique et PATGS entre les facultés, selon une clé élaborée en 2009 sous le rectorat de Philippe Vincke et améliorée ensuite en 2013 et 2018, a constitué une avancée majeure dans la répartition des moyens, en mettant fin à l’opacité de celle-ci et en permettant une répartition objective et transparente des ressources entre les facultés. Son élaboration a été complexe tout comme sa mise en œuvre; j’en connais les avantages indéniables mais aussi les contraintes, pour l’avoir mise en œuvre des deux côtés du miroir : comme doyenne puis comme vice-rectrice.

Le principe est de déterminer un cadre-cible selon une clé objective, claire et transparente, alignée pour une large part sur la loi de financement des universités, et de rééquilibrer la répartition des moyens entre facultés en fonction de cette clé. Cette attribution de ressources permet aux facultés d’élaborer leur stratégie pédagogique et scientifique à 5 ans, ce qui jusqu’alors leur était impossible, les facultés ne connaissant leur cadre qu’au terme de trois réunions annuelles de partage du « pot commun ».

Cette clé a aujourd’hui montré ses limites. Le cadre-cible ne peut être déterminé qu’à horizon lointain et par conséquent le rééquilibrage des cadres également, car les départs à la retraite ne sont pas suffisants dans les différents corps pour progresser de manière décisive dans ce rééquilibrage. Mais aussi parce qu’une partie du cadre est alloué aux chaires non-profilées ou au rapatriement de chercheurs qualifiés, lequel n’a pas été anticipé au-delà de 2023. Or, ces postes sont alloués sans référence au cadre-cible (à l’exception d’une chaire non-profilée par an).

Selon moi, la principale limite du système tient aux effets pervers qu’elle induit. Parmi ceux-ci :

  • La clé de répartition est fondée sur un indicateur prépondérant : le nombre pondéré d’étudiants subsidiables (NPES), à concurrence de 75 %. La pression sur les filières qui comptent peu d’étudiants est donc très forte, alors que celles qui comptent un nombre élevé d’étudiants ne sont pas pour autant aidées à la mesure de la surcharge que la massification de ces études entraîne.
  • Les facultés se replient excessivement sur elles-mêmes : alors qu’auparavant de nombreux académiques enseignaient dans d’autres facultés, ce nombre s’est drastiquement réduit, sauf participation au cadre de la faculté qui « prête » un enseignant à une autre. Les facultés coopèrent de moins en moins entre elles et rechignent logiquement à participer à des projets conjoints ou interdisciplinaires sur un cadre qui leur est comptabilisé.
  • Les académiques nommés sur chaires non-profilées sont comptabilisés au cadre de la faculté au sein de laquelle ils ont été nommés par l’équipe rectorale alors que, par définition, ce choix est fondé sur l’excellence du dossier des candidats sans référence aux besoins de la faculté. Ils pèsent donc sur le cadre facultaire sans que la stratégie de développement de cette faculté n’ait été prise en considération. Certaines des facultés qui bénéficient de la plus-value de ces profils académiques, redoutent parfois une telle nomination ! On aboutit alors à l’effet inverse de celui souhaité.
  • Les facultés qui souhaitent mutualiser leurs ressources sont freinées dans leur élan parce que les ressources humaines qu’elles mettront à la disposition d’autres facultés resteront comptabilisées à leur cadre, alors même qu’elles sont mises à disposition des autres.
  • La clé de répartition ne concerne que les cadres facultaires et pas le cadre de l’administration « centrale ». Le cloisonnement entre les facultés et l’administration centrale est aggravé, la mise en commun des ressources en PATGS est freinée et la mobilité du personnel est restreinte, voire impossible.
  • Les mandataires définitifs du FNRS (chercheurs qualifiés, maîtres et directeurs de recherches) ne sont pas pris en compte dans le calcul du cadre académique des facultés. Ce choix a une logique puisqu’ils ne sont pas financés par l’allocation de fonctionnement de l’Université. Cela dit, ils participent au développement des facultés et leur travail influence favorablement les indicateurs de la clé de répartition des cadres : ils enseignent, encadrent des doctorants, obtiennent des contrats et financements extérieurs, participent à l’administration de la faculté. Ils influencent aussi la répartition des charges des académiques. Les facultés qui ne bénéficient pas de leur plus-value, particulièrement celles qui connaissent un déficit de cadre, peinent à s’approprier la règle. Ce constat rend essentiel de repenser la structure même des charges d’enseignement.

Je propose dès lors d’élargir le système actuel de répartition des cadres entre facultés, en tenant compte des spécificités de chaque faculté. Nos facultés sont organisées très différemment les unes des autres et c’est là toute la richesse de notre Université. Les charges des membres des différents corps sont très différentes d’une faculté à l’autre. Un simple exemple : dans certaines facultés, les académiques dispensent des exercices pratiques et pas dans d’autres ; le corps scientifique encadre des TFE ou participe au jury, dans d’autres pas ; des membres du PATGS sont en charge de la communication ou de l’aide à l’obtention de financements extérieurs, mais c’est loin d’être le cas partout, etc.

Il ne s’agit évidemment pas d’harmoniser l’organisation des facultés mais au contraire, de tenir compte de leur fonctionnement, en prenant en considération cette organisation ainsi que les coûts réels de leurs filières d’enseignement et de leur recherche pour ajuster la répartition des cadres. Dans ma proposition, chaque faculté établit une stratégie de développement à 5 ans dans laquelle elle propose une répartition des charges entre le personnel académique, scientifique et PATGS, fixe ses objectifs pédagogiques et scientifiques, établit ses besoins. L’Université élabore un plan de répartition des cadres sur la base des différentes stratégies facultaires, en tenant toujours compte de l’indicateur de la clé de rééquilibrage, mais plus exclusivement.

Les plans de développement facultaires en cours attribuent les ressources pour la période 2020-2024. Il s’agira de mettre cette période à profit pour évaluer les besoins des facultés, penser avec elles une stratégie, établir une comptabilité analytique et mettre en place une nouvelle approche.

Je souhaiteras également maintenir le concours sur chaires non-profilées, mais de le comptabiliser très progressivement au cadre des facultés et pas avant 5 ans. Le recrutement d’académiques sur la base de l’excellence de leur dossier est un atout majeur pour le rayonnement de l’Université, que nous envient toutes les universités. Il permet de développer une recherche originale, indépendante (pour un temps) des besoins pédagogiques, et constitue également une perspective de carrière pour les jeunes chercheurs.

Enfin, en fonction du refinancement prévu à l’horizon 2024 et des autres rentrées financières mentionnées ci-dessus, je suggère d’investir dans le personnel académique, scientifique et PATGS. Le refinancement 2016-2020 a été dédié à concurrence d’environ 8% pour le corps académique et scientifique, 2% pour le PATGS : il est urgent de réinvestir dans nos missions de base.

L’ULB et son pôle hospitalier

Les soins de santé et la politique du secteur hospitalier sont des enjeux majeurs pour l’ULB, son Hôpital académique et ses partenaires hospitaliers privilégiés à Bruxelles et en Wallonie.  Le secteur de la santé propose de nombreux enseignements, de multiples et vastes sujets de recherches et des potentialités de développement pour de nombreux domaines de l’Université, bien au-delà de ses facultés directement concernées. Pour autant, comme le reste de l’Université, l’Hôpital souffre de diverses contraintes légales, financières et administratives. Ses missions fondatrices tendent à s’effacer devant un objectif devenu prioritaire, sa compétitivité et sa survie, au détriment de la qualité de vie de ses membres. Malgré tout, malgré ce constat, que de réussites, d’innovations, d’engagements, d’excellence dans toutes les dimensions de soins, d’enseignement, de recherche et d’accès aux soins à toutes et tous. L’ULB peut être fière de son Hôpital tout comme de ses partenaires hospitaliers privilégiés et en particulier, de l’héritage historique de ses liens privilégiés avec le CHU Brugman, le CHU Saint-Pierre, l’HUDERF et l’Institut Jules Bordet et de la contribution inestimable de tous ces médecins à notre faculté de médecine.

En Belgique, il n’y a que sept hôpitaux académiques fixés par l’article 4 de la loi coordonnée du 7 août 1987 sur les hôpitaux. L’Hôpital Erasme est de ceux-ci — avec l’Universitaire Ziekenhuis Brussel (VUB), le Centre Hospitalier universitaire du Sart Tilman (ULG), l’Universitaire Ziekenhuis Leuven (KUL), les Cliniques Universitaires Saint-Luc (UCL), l’Universitaire Zienkenhuis Gent (UGent) et l’Universitaire Zienkenhuis Antwerpen (UIA). C’est donc un patrimoine fondamental et un composant essentiel de l’excellence de notre Université, qu’il nous faut préserver !

La situation financière de l’hôpital Erasme s’est substantiellement améliorée : son produit d’exploitation est positif, sa dette est circonscrite et il a retrouvé une capacité d’emprunt. Mais le redressement financier de l’Hôpital Erasme a été une période très dure pour le personnel et il en est encore marqué. Le temps est venu de sortir de la diète pour redonner du souffle à l’Hôpital : la réduction des coûts a atteint sa limite et d’autres stratégies financières doivent être décidées par le CA de l’Hôpital.

Il faut aussi mener à son terme la réforme de la gouvernance préconisée par le Groupe de travail relatif à la gouvernance en 2015. Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut également désenclaver l’Hôpital en favorisant les synergies avec les facultés de l’ULB et en créant des partenariats. La constitution d’un réseau hospitalier locorégional bruxellois voulu par la loi du 28 février 2019 est en cours, ainsi que la création du grand hôpital universitaire de Bruxelles (GHUB). Ces projets doivent être soutenus en tenant compte de la spécificité de toutes les parties prenantes.


Parachever la réforme de la gouvernance de l’Hôpital Erasme

Les exercices stratégiques que l’Hôpital Erasme doit encore poursuivre supposent que la réforme de la gouvernance soit menée à son terme. Cette réforme avait pour point de départ le diagnostic de 2015 opéré par le groupe de travail sur la gouvernance de l’Hôpital. Depuis ce constat, les axes de réforme n’ont pas tous été mis en œuvre. Il ressort de mes nombreuses rencontres que certains dysfonctionnements qui avaient été détectés alors continuent de perturber le bon fonctionnement de l’Hôpital et que de nombreux points d’amélioration sont encore possibles. Comme rectrice, je ferai tout ce que je peux pour aider l’hôpital dans cet exercice et le soutenir dans l’élaboration de ses stratégies.

Le premier pas en ce sens consistera, comme le préconise le rapport sur la gouvernance, à compter au sein de l’équipe rectorale un délégué du recteur pour la politique hospitalière.  Je suivrai cette recommandation fondamentale, tout comme je veillerai à constituer la Commission hospitalière prévue par les articles 13, § 3 et 77 des Statuts organiques de l’ULB, qui n’a jamais été créée. Chargée du suivi des relations de l’Université avec l’Hôpital académique, cette commission permanente est également chargée de réfléchir à la politique du réseau hospitalier de l’ULB et, à ce titre, de tenir compte des Hôpitaux liés à l’ULB. Elle permettra aussi d’assurer une meilleure information des personnels et rassurer sur l’avenir du secteur de la santé.


Le réseau hospitalier bruxellois et le Grand hôpital universitaire de Bruxelles (GHUB)

Deux défis importants se posent aux hôpitaux :

  • l’intégration dans un réseau hospitalier prévu par la loi du 28 février 2019 modifiant la loi coordonnée du 10 juillet 2008 sur les hôpitaux et autres établissements de soins, qui entend organiser les hôpitaux sur le territoire belge en un maximum de 25 réseaux, dont 4 à Bruxelles (1) ;
  • la création du Grand Hôpital universitaire de Bruxelles – le GHUB –, regroupant l’Hôpital académique Erasme, le CHU Brugman, le CHU Saint-Pierre, l’HUDERF et l’Institut Jules Bordet (2).

1. Les réseaux hospitaliers à Bruxelles

Sur les 4 réseaux maximum prévus par la loi pour Bruxelles, deux sont déjà constitués : l’un regroupe les Cliniques universitaires St. Luc, l’Hôpital St. Jean, les Cliniques de l’Europe et Saint-Pierre-Ottignies ; l’autre s’articule autour de l’UZ Brussel (VUB) et des hôpitaux de la région Hal-Vilvorde.

La constitution d’un ou deux réseaux parmi les autres hôpitaux de la Région bruxelloise supposait l’adoption de deux ordonnances, afin de permettre aux hôpitaux publics de se regrouper avec des hôpitaux privés : celles-ci ont été adoptées en première lecture par l’assemblée réunie de la Commission communautaire commune (Cocom). Les avant-projets d’ordonnance sont actuellement soumis pour avis à la section de législation du Conseil d’État et au Conseil consultatif de la Santé, organe de la Cocom habilité à formuler des avis sur tout projet ou proposition d’ordonnance.

Conformément à la loi, les hôpitaux collaborent entre eux au sein du réseau afin de parvenir à une offre hospitalière de meilleure qualité, ainsi qu’à une offre plus rationnelle. Un réseau se définit donc comme des collaborations entre hôpitaux qui conservent chacun leur personnalité juridique et leur autonomie, mais qui conviennent d’un but commun. Cette collaboration hospitalière prendra la forme d’une association sans but lucratif qui ne sera pas soumise à tutelle (comme le prévoit l’une des ordonnances précitées).

La politique stratégique de l’offre de soins locorégionale sera définie par le réseau hospitalier et chaque hôpital restera responsable des compétences non attribuées au réseau. Ils décident ensemble des compétences qu’ils souhaitent transférer au réseau et définissent leur stratégie de gestion de l’offre de soins. Chaque structure garde son autonomie, ses organes de gestion et son propre personnel, le réseau jouant un rôle de trait d’union.

Une convention est actuellement en discussion pour regrouper, au sein d’un seul réseau, l’Hôpital académique Erasme, les Hôpitaux de la ville de Bruxelles (le CHUB), les Hôpitaux Iris-Sud (Etterbeek-Ixelles, Joseph Bracops, Molière-Longchamp et Etterbeek-Baron Lambert) et le CHIREC, et définir la philosophie du réseau. Cette convention vise, à l’instar d’un gentlemen agreement, à permettre l’entraide entre hôpitaux, pour organiser leur offre de soins de base, la proximité des services de soins et la gestion des soins de pointe. La loi n’impose pas une intégration définie, les hôpitaux du réseau choisissent les compétences qu’ils gèrent en réseau et celles qui relèvent de leur stratégie propre.

A l’avenir, les hôpitaux pourront, s’ils le souhaitent, opter pour une intégration plus poussée. Dans ce cas, la loi a prévu une procédure plus lourde et notamment un accord du conseil médical de chaque hôpital constituant le réseau, avant de pouvoir transférer au réseau une matière concernant le statut du personnel.

La loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2020 et le réseau doit dès lors être constitué rapidement. Les négociations en cours aboutiront en principe prochainement. Si tel ne devait pas être le cas, quod non, mon rectorat, en concertation avec la commission hospitalière, s’inscrira dans la logique des négociations actuellement menées.

Dès que le réseau aura été constitué, il devra viser à coordonner aussi la mission de soins suprarégionale. Selon la loi, la mission de soins suprarégionale concerne des soins qui ne peuvent être proposés dans chaque réseau hospitalier clinique locorégional.

A la différence du réseau hospitalier locorégional, la loi n’a pas prévu que cette collaboration soit dotée de la personnalité́ juridique. Elle peut donc s’organiser par accord et prévoir les termes de la continuité des soins et les modalités de prise en charge des patients par les partenaires. Ces accords suprarégionaux permettront de renforcer les collaborations, notamment avec le réseau du Hainaut quand il aura été constitué — mais aussi avec le réseau de l’UZ Brussel et des hôpitaux de la région Hal-Vilvorde.


2. Le Grand Hôpital universitaire de Bruxelles – GHUB –, regroupant l’Hôpital académique Erasme, le CHU Brugman, le CHU Saint-Pierre, l’HUDERF et l’Institut Jules Bordet

Voilà des mois que l’ULB et l’Hôpital académique Erasme négocient avec les hôpitaux partenaires privilégiés de la ville de Bruxelles – le CHUB : CHU Brugman, CHU Saint- Pierre et Institut Jules Bordet –, la création d’un pôle hospitalier de dimension européenne et internationale.

Des entretiens nombreux que j’ai pu avoir, il ressort qu’il existe un large consensus sur la nécessité de regrouper les structures hospitalières actuelles pour aboutir à une offre harmonisée et assurer la plus grande qualité des soins et leur accessibilité pour tous et toutes dans la Région. Tout le monde s’accorde à dire que le « Stand alone » n’est plus viable. L’objectif de ce regroupement est de renforcer la vocation de l’Université, de l’Hôpital Erasme et des hôpitaux de la Ville de Bruxelles de développer des soins autour du patient mais aussi en fonction du trajet de soins avant, pendant et après son séjour hospitalier.

En effet, la médecine d’aujourd’hui (et son financement) favorise les pratiques ambulatoires et tous les modes d’organisation qui raccourcissent les durées de séjour à l’hôpital (sauf dans certains domaines). Les prises en charge de proximité sont dès lors primordiales. Dans le même temps, le nombre croissant de pathologies complexes ou rares nécessitent une concentration des moyens, des personnes et des patients dans un site hospitalier aux infrastructures adaptées pour éviter la dispersion des savoirs et des forces et toujours améliorer la qualité des soins, laquelle dépend aussi du volume d’activité. Ce qui est évident pour les pathologies rares peut l’être aussi pour les pathologie complexes ou les soins de base. Pour prendre un exemple simple : une maternité qui accouche un nouveau-né par jour a un savoir, une pratique et un personnel moins performants pour un coût proportionnellement plus élevé qu’une maternité qui a une activité soutenue. L’objectif n’est pas de supprimer toutes les maternités, mais de rationaliser les différentes structures d’une région pour un meilleur service et une qualité de soins accrue. Il en ira de même entre les différents sites du futur GHUB.

Tant la recherche scientifique que l’enseignement, qui s’appuieront sur une activité clinique étendue en volume et diversifiée en situations médicales, s’en trouveront renforcées tout en facilitant la formation d’équipes multidisciplinaires.

Enfin, un tel groupement mettra un terme à la concurrence entre partenaires et favorisera la mobilité des médecins et/ou des patients. Le financement se trouvera amélioré par la taille de l’ensemble et les économies d’échelle, ainsi que par la mutualisation de certaines ressources matérielles et humaines. Les investissements dans l’innovation médicale seront plus rationnels et coordonnés, au bénéfice de l’ensemble des activités et des sites.

Les négociations sont en cours et si elles ne sont pas terminées, il s’agira pour moi de m’y inscrire avec la commission hospitalière que je me suis engagée à constituer.

J’ai entendu les inquiétudes légitimes de toutes les parties prenantes. C’est pourquoi, dans la mise en œuvre de la convention qui sera conclue ou dans les négociations de celle-ci si elle n’est pas encore conclue, la concertation la plus large possible sera menée pour que chaque hôpital et son personnel soit entendu. Les leçons de la constitution du laboratoire de biologie clinique, le LHUB – Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles – doivent évidemment être tirées.

Ce dossier est complexe, mais il est prometteur pour l’avenir du secteur de la santé. Je m’engage à y mettre en œuvre toutes mes compétences de spécialiste du droit public qui maîtrise les enjeux d’un regroupement de structures différentes, ainsi que celles de la vice-rectrice que j’ai été et qui a coordonné l’intégration de Hautes Écoles à l’ULB. Mais, pour autant, je travaillerai en très étroite collaboration avec le délégué du recteur aux affaires hospitalières et la commission hospitalière.

L’ULB dans la cité


Aujourd’hui, la communication et les relations se déclinent sur la métaphore efficiente de la toile : Internet, les réseaux, les interconnexions… La métaphore est juste aussi pour décrire l’inscription de l’ULB dans l’espace bruxellois, francophone et belge.

Au cœur de cette toile : Bruxelles. Et au cœur de Bruxelles, ce quartier d’Ixelles, considéré par The Guardian comme le deuxième lieu « le plus cool » d’Europe. Bruxelles et la Région bruxelloise sont des lieux de vie exceptionnels et offrent à l’ULB un ancrage que nombre d’universités de par le monde lui envient. Le multiculturalisme en est la tonalité majeure et les institutions politiques – régionales, nationales et européennes – offrent à notre Université une connexion directe avec le pouls de cette res publica, cette « chose publique » qui touche à tellement de domaines que nous enseignons et dans lesquels nos chercheurs et chercheuses excellent.

Il nous faut développer ces liens et ces relations historiques privilégiées, que ce soit avec la Ville de Bruxelles, les communes – en particulier celles qui nous accueillent, Ixelles et Anderlecht – et toutes les institutions économiques, culturelles, politiques, associatives qui font battre ce cœur bruxellois. L’évolution de la Belgique fédérale devra offrir à la Région bruxelloise une plus grande autonomie ; nous devons être des acteurs de premier plan dans la gestion de cette autonomie.

Les fils de cette toile nous relient aussi à la Région Wallonne : nos ancrages à Mons et dans la région de Charleroi sont des atouts primordiaux qu’il faut également renforcer et étendre. Sur ce terrain, il nous faut à la fois cultiver notre singularité, mais aussi œuvrer à la mise en place de partenariats productifs et stimulants avec les autres institutions.

À cet égard, les relations qui nous lient à notre Université sœur, la VUB, sont essentielles. C’est le partage et l’émulation qui repoussent l’ignorance de l’autre dans une Belgique trop cloissonnée. La collaboration avec la VUB porte aussi sur le développement urbanistique de nos campus ; nous devons y être exemplaires, en matière de durabilité et de réduction de l’empreinte énergétique de nos sites.


Les partenariats avec les communes bruxelloises et la Ville

Le dossier le plus brûlant touche évidemment à la mise en place du Grand Hôpital universitaire de Bruxelles, dont il est question dans mon chapitre « L’ULB et le pôle hospitalier ».

Il nous faut aussi être très attentifs à la circulation des usagers de nos campus (ULB et VUB). De ce point de vue, de nombreux efforts doivent être faits, en concertation avec le service de l’urbanisme de la commune d’Ixelles, pour développer un véritable campus universitaire dans l’axe Solbosch – La Plaine, où les usagers devraient pouvoir circuler en toute sécurité et dans un cadre agréable. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, et cela me semble une priorité.

Dans cet ordre d’idée, il nous faut également collaborer avec la commune pour élargir l’offre de logements étudiants à des prix abordables, ce qui pourrait nécessiter un contrôle des loyers. On sait combien la vie étudiante stimule la vie d’une ville et de ses quartiers ; de Flagey au cimetière d’Ixelles, en passant par les sites hospitaliers, les hommes et les femmes de l’ULB, quel que soit leur âge, animent la ville et sont en droit d’attendre de celle-ci une qualité de vie et une offre culturelle riche et variée.


La collaboration avec la VUB

Le recteur Yvon Englert a considérablement renforcé la confiance entre nos deux universités sœurs (Mémorandum de l’ULB et de la VUB) ; il faut amplifier cette dynamique à travers une alliance stratégique, à l’heure d’une future réforme de l’État qui s’oriente vers un fédéralisme à quatre régions.

Cette collaboration porte sur tous les aspects. J’ai déjà évoqué la dimension urbanistique et architecturale, qui se concrétise entre autres à travers du projet de Usquare Cité Internationale, qui permettra d’offrir un nombre croissant de logements à nos étudiants, notamment ceux qui viennent de l’étranger. Il y accueillera le BRIAS Brussels Institute for Advanced Studies  et assurera un superbe rayonnement international à notre Université.

Notre collaboration concerne aussi les Library and Learning Center. Lieux de support à l’apprentissage, à la recherche et à l’enseignement, ils seront développés  au LIC à la Plaine avec la VUB. Notre collaboration se déploie particulièrement au Brussels Studies Institute (BSI), fondé entre l’ULB, la VUB et l’Université Saint-Louis Bruxelles auxquelles se sont rajoutées récemment l’UCL et la KUL, il regroupe vingt-neuf centres de recherches représentant plus de 300 chercheurs issus d’un large panel de disciplines (géographie, sociologie, histoire, littérature, linguistique, architecture, santé publique, communication, urbanisme, science économique, EBxl – le réseau des études bruxelloises à l’ULB –…) principalement de l’ULB et de la VUB. Le BSI reflète parfaitement la volonté des universités de s’engager dans et au profit de la Région Bruxelloise. Le BSI travaille en étroite collaboration avec la revue électronique Brussels StudiesCes initiatives doivent être intensifiées. L’ULB, cette fois à travers son réseau hospitalier, devra aussi s’inscrire dans une dimension supra-régionale avec la VUB notamment.


L’ancrage de l’ULB en Wallonie

Nombre de nos étudiants viennent de Wallonie ; à travers le Campus UCharleroi et les liens avec l’UMons, l’ULB développe aujourd’hui en Région wallonne ses trois missions fondamentales : l’enseignement, la recherche et les services à la collectivité.

Le campus de Gosselies regroupe quelque 1 700 personnes actives dans le secteur des biotechnologies, réparties entre instituts, laboratoires, centres de recherche de l’Université, spin-off, un incubateur spécialisé et des entreprises privées. Cet ensemble constitue le Brussel South Charleroi Biopark. Toute cette activité est née de l’attractivité qu’y a générée la présence d’instituts de recherche de pointe de l’ULB.

Depuis 2015, l’Université s’est aussi déployée au Centre-Ville de Charleroi, en y implantant ses enseignements et ses centres de recherche, afin de concentrer en un seul lieu toute l’offre de formation universitaire de Charleroi, autour du bâtiment Zénobe Gramme. La recherche s’y est également développée considérablement dans plusieurs domaines des sciences humaines et sociales.

Le choix de cet emplacement se justifie par le fait que, demain, se constituera là un Campus des Sciences, des Arts et des Métiers, par l’implantation notamment de l’ambitieux projet de Cité des Métiers.

En partenariat avec l’UMons, l’Université ouverte et la Haute Ecole Condorcet, cette offre de formation s’est accrue avec l’objectif d’augmenter le nombre d’étudiants accédant à l’enseignement universitaire et, à terme, le nombre de diplômés. L’optique a été de proposer des bacheliers de transition polyvalents dans les trois domaines suivants : sciences de la vie, sciences de l’ingénieur et sciences humaines et sociales ; l’offre est complétée par un master spécialisé en management territorial et développement urbain et plusieurs autres programmes sont actuellement en préparation. Dorénavant, à la faveur de la rénovation des sites de Charleroi, les défis à relever seront riches en perceptives d’enseignement et de recherche. Enfin, avec le soutien du FEDER, nous créons, avec l’UMons et d’autres centres de recherche, un Centre d’Excellence en Efficacité Énergétique et Développement Durable, qui aura pour mission d’étudier et d’expérimenter les systèmes de production d’énergie du futur. Les futures programmations FEDER se préparent déjà et notre action dans la région de Charleroi doit être soutenue et développée tant et plus.


Le développement durable

A l’heure où les enjeux climatiques sont au cœur des préoccupations citoyennes, notre Université se doit de poursuivre son engagement de longue date en faveur du développement durable et du climat. Six actions clés ont été arrêtées dans le plan « climat » adopté par le CA pour réduire l’impact carbone de notre Université. Poursuivons nos efforts et ayons une politique volontariste : interrogeons la durabilité de nos campus et plaçons le développement durable au centre de notre enseignement, de notre recherche et de nos autres activités. Le plan « climat » sera sans doute à réévaluer, car son coût exhorbitant (77 millions €) n’est pour l’heure pas à notre portée : nous ciblerons donc les actions les plus efficaces, car la question est essentielle, préoccupe l’ensemble de la communauté universitaire et ne peut bien évidemment être ignorée.

Par ailleurs, de nombreux subsides à la rénovation existent, notamment auprès de Bruxelles-Environnement, subsides auxquels il nous faut prétendre pour mettre en œuvre un plan de rénovation ambitieux de nos bâtiments. Faisons de nos campus des espaces verts, tenons compte de la possibilité de végétaliser les campus lors des projets de constructions et de rénovations. Engageons toute la communauté universitaire dans l’objectif de neutralité carbone et encourageons les projets interfacultaires en faveur de l’innovation et du développement durable. Privilégions une alimentation saine et durable sur nos campus et encourageons le tri sélectif.


L’engagement sociétal

Implantée dans deux villes francophones où le taux de chômage est très élevé – Bruxelles et Charleroi –, surtout chez les jeunes ayant un niveau de formation trop bas, l’Université se doit de développer une action structurée et de chercher, en collaboration avec les autorités publiques, à développer de véritables partenariats, tant en formation initiale qu’en formation continue. Le fil rouge de cet effort doit être l’excellence et la qualité ; il ne s’agit pas en effet d’offrir des diplômes et des formations « au rabais ». La démocratie véritable consiste à donner à chacune et chacun des chances réelles de réussir sa vie et d’acquérir son autonomie (dans tous les sens du terme), non d’offrir l’illusion d’une égalité et d’une promotion de façade qui ne résisteraient pas à l’épreuve de la réalité. Autrement dit, notre engagement sociétal ne consiste pas à prolonger artificiellement la période d’attente qui sépare les jeunes de la vie adulte, mais bien de leur offrir tous les outils pour affronter celle-ci de la manière la plus riche, tant sur le plan personnel que collectif.


L’ULB et les relations extérieures

Les relations extérieures, ce ne sont pas seulement les liens, collaborations et partenariats avec des  institutions universitaires et de recherche du monde entier, ce sont aussi la place et le rôle que doit tenir une université implantée dans la capitale de l’Europe, les contacts qu’elle doit entretenir avec une multitude d’organismes et de réseaux, en ce compris les autres universités belges et tout particulièrement celles de la Communauté française. Ces relations sont cruciales pour une université comme la nôtre qui se distingue tant par son ouverture sur le monde que sur son environnement proche et qui s’identifie à travers des valeurs fortes liées à la construction, à la transmission et au partage du savoir, sans la moindre entrave.

Vous trouverez ici mes propositions pour :

Élargir les relations internationales et soutenir la coopération au développement

Renforcer le rôle de l’ULB dans la capitale de l’Europe

Développer les relations institutionnelles et les relations avec les autres universités belges

Améliorer la communication


Élargir les relations internationales et soutenir la coopération au développement

L’Université a beaucoup investi ces vingt-cinq dernières années dans le développement de ses relations internationales et a initié ou consolidé des liens forts avec de nombreux partenaires un peu partout à travers le monde. Il convient de poursuivre cet élan, dans un contexte où la mobilité et la co-construction de la connaissance à l’international sont indispensables à un enseignement et une recherche de qualité. L’ULB peut être fière du nombre impressionnant d’étudiants et d’enseignants qui effectuent des séjours en mobilité mais aussi de sa grande attractivité auprès des étudiants et des membres de son personnel venant de l’étranger et qui contribuent à forger l’identité d’une grande université internationale.

De multiples accords-cadres, partenariats de mobilité et autres conventions de coopération nous permettent aujourd’hui de développer des projets conjoints, cotutelles de thèse ou cursus intégrant une dimension internationale tant avec des institutions considérées comme les plus  prestigieuses du monde qu’avec des établissements moins connus mais qui offrent de très belles opportunités à nos étudiants, chercheurs et enseignants.

L’ULB a établi des partenariats privilégiés avec une dizaine d’institutions universitaires dans le monde. Elle s’est également fortement engagée, depuis plusieurs décennies, dans la coopération universitaire au développement (principalement en Afrique) une tradition, qui s’est notablement consolidée sous le rectorat sortant. Ceci doit être maintenu.  Toutefois, il faut être bien conscient que les relations internationales constituent un secteur en perpétuelle évolution, ce qui nécessite une réévaluation très régulière tenant compte tout à la fois de la réalité de nos collaborations, des souhaits de nos partenaires mais aussi du contexte dans lequel ils évoluent. Ainsi  l’ULB doit continuer à marquer sa solidarité active avec les partenaires confrontés à toutes formes de menaces sur l’exercice des libertés académiques. Il est aussi essentiel qu’elle contribue en permanence à tous  les débats qui interrogent, au niveau mondial, les modes de financement, de constitution et de partage de la connaissance.

A côté des réseaux que l’ULB a contribué à mettre en place tels que l’alliance européenne CIVIS,  le partenariat francophone G3 ou UNICA (Network of Universities from the Capitals of Europe), elle doit renforcer sa présence active au sein de la direction de réseaux institutionnels comme l’EUA (European University Association), l’AUF (l’Agence universitaire de la Francophonie) ou l’AIU (l’Association internationale des universités basée à l’UNESCO).

Le déploiement des relations internationales de l’ULB concerne toute la communauté universitaire.  Il doit être assuré en garantissant une fluidité et une cohérence entre les multiples initiatives des membres du personnel (individus, services, laboratoires, administrations) et les dynamiques mises en place au niveau institutionnel. Les Facultés doivent être invitées à jouer ici un rôle central, en accompagnant les projets qui se développent tant « par le bas » que « par le haut ». Il est essentiel que l’investissement des personnels dans la consolidation de ces partenariats internationaux (en ce compris les activités de coopération au développement) soit mieux reconnu et valorisé.

Les réseaux internationaux disciplinaires doivent par ailleurs être fortement encouragés (même en dehors des réseaux institutionnels) en soutenant les initiatives de toutes celles et ceux qui œuvrent à l’internationalisation des pratiques de recherche et d’enseignement. Ceci signifie concrètement des appuis logistiques, financiers et administratifs. Dans cette optique, il est essentiel de garder à l’esprit que si certains de nos laboratoires et filières sont très reconnus au niveau international et ne manquent ni de visibilité ni de moyens, d’autres par contre peinent à trouver l’assise institutionnelle qui leur permettra de se déployer. Dans cette perspective, je souhaite que l’internationalisation des pratiques de recherche et d’enseignement constitue aussi l’une des priorités des vice-rectorats à l’enseignement et à la recherche.

(Re)penser notre internationalisation demande aussi d’être beaucoup plus attentif aux spécificités disciplinaires. Selon les champs de connaissance et les objets étudiés, le degré et l’angle d’ouverture internationale sont en effet très variables. Certaines disciplines peuvent se développer principalement autour d’objets nationaux, locaux ou régionaux et ne traiter de l’international qu’à la marge, tandis que, pour d’autres, l’international est au cœur de leur démarche de construction du savoir et de sa diffusion. Les questions posées par l’internationalisation diffèrent donc d’un cas à l’autre et une politique internationale cohérente doit davantage respecter ces spécificités qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent. Il importe de rappeler que toute forme de connaissance constituée et enseignée dans une université possède intrinsèquement une dimension internationale, puisqu’elle s’inscrit dans un savoir collectif mondial élaboré depuis des siècles, et qu’il faut donc privilégier des outils et des stratégies d’appui qui soient adaptés aux particularités de chacune de ces formes d’inscription à l’international.

Enfin, renforcer notre présence à l’international exige, dans certains grands dossiers, une collaboration franche, directe et constructive avec les autres universités de la Communauté française permettant de faire mieux entendre notre voix. A cet égard l’ARES, à travers la CRI (la Commission des Relations internationales) et la CCD (la Commission de la Coopération au Développement), offre un remarquable espace d’échange, de débat et de collaboration où l’ULB doit pleinement s’investir.


Renforcer le rôle de l’ULB dans la capitale de l’Europe

Le rôle de l’ULB comme université située au cœur de l’Europe est mis en évidence depuis longtemps. Il faut toutefois bien reconnaître qu’il reste beaucoup à faire pour améliorer notre visibilité et nos relations avec les institutions de l’Union européenne. Une stratégie globale doit être mise en œuvre dans cette perspective et elle pourrait notamment s’appuyer davantage sur nombre de nos alumni qui travaillent au sein de ces institutions. Nombre d’entre eux ont été formés au sein de notre prestigieux Institut d’études européennes qui, du fait de ces relations étroites avec les institutions européennes mais aussi  avec la multitude d’acteurs gouvernementaux, non gouvernementaux ou de représentants de la société civile qui gravitent autour des institutions européennes, doit occuper une place centrale dans cette nouvelle stratégie. Vous trouverez également mes propositions dans le chapitre “l’ULB dans la cité”.


Développer les relations institutionnelles et les relations avec les autres universités belges

L’ULB a retrouvé un rôle important au sein de la Communauté française et s’est repositionnée au centre de l’échiquier, notamment politique. Elle a et aura un rôle important à jouer dans les négociations inévitables sur les réformes de l’État qui s’annoncent. Dans ce contexte, elle doit s’affirmer comme un acteur essentiel, ce qui implique un renforcement de ses relations tant avec les partis politiques démocratiques qu’avec les pouvoirs constitués, les autorités des entités fédérées et les pouvoirs locaux. Le renforcement de ces relations institutionnelles constitue aujourd’hui une priorité pour assurer l’avenir de notre institution.

L’ULB doit aussi renforcer ses collaborations avec les autres universités de la Communauté française. Le dialogue et la collaboration sont primordiaux avec toutes les universités francophones notamment pour être en mesure de développer un front commun et uni lors des négociations sur le financement, sur la modification du décret « paysage » ou sur le positionnement international de nos institutions. Certes, défendre une position commune n’est pas toujours aisé dans un contexte concurrentiel, mais c’est crucial au vu de l’ampleur des dossiers qui s’annoncent. Au sein de la Communauté française, une coopération franche et loyale s’impose particulièrement avec l’UCLouvain et l’Université Saint-Louis – Bruxelles qui sont les plus proches linguistiquement et géographiquement, notamment pour maintenir certaines filières menacées par une baisse du nombre d’étudiants. L’accord de gouvernement prévoit en effet de rationaliser l’offre d’enseignement en Communauté française. Réalisée intelligemment une telle rationalisation peut contribuer à éviter la dispersion de nos forces et, dans certains cas, l’épuisement de nos enseignants. Il convient donc de l’anticiper, en collaboration avec les autres partenaires universitaires, pour éviter de se la voir imposer.

En dehors de la communauté française, il faut renforcer les collaborations avec les universités néerlandophones qui, à l’exception de la VUB évoquée dans les autres chapitres de mon programme, n’ont pas fait, au cours des dernières années, l’objet d’une attention suffisamment importante, malgré leur proximité géographique et les perspectives de collaboration tant en matière d’enseignement que de recherche. Toutefois la VUB doit, bien entendu, rester notre partenaire privilégié. Le développement commun du projet Usquare dans les anciennes casernes de gendarmerie, nous offre une opportunité intéressante de renforcer nos liens avec cette institution sœur. Les autres universités flamandes, telles que la KUL et UGent ne doivent pas être négligées non plus.


Améliorer la communication

L’ULB constitue un réservoir foisonnant d’initiatives, allant de la créativité scientifique la plus performante à des micro-projets menés en lien avec des organisations citoyennes. La visibilité de l’ensemble de ce que produit et organise la communauté universitaire doit être mieux assurée, afin de garantir un meilleur partage avec d’autres institutions, les alumni et les collectivités.

Pour communiquer autour de cette ingéniérie scientifique, pédagogique et sociale constante, l’ULB dispose d’outils de communication externes (dépôt institutionnel, site Internet) qui opèrent souvent comme le premier intermédiaire entre notre institution et son personnel, d’une part, nos collègues, partenaires étrangers et locaux, actuels et futurs étudiants, d’autre part.

Il convient d’améliorer la convivialité de ces outils qui doivent être faciles d’usage et cohérents. Ils faut en effet  veiller à rendre aisément accessible l’ensemble de ce que produit la communauté universitaire, mais aussi à réaffirmer notre identité et nos valeurs, dans un environnement universitaire en pleine mutation.